Mgr Barbarin relance le débat sur l'Hôtel-Dieu

Les opposants au projet municipal viennent de trouver un renfort de poids. L'archevêque de Lyon défend le maintien au cœur de Lyon "d'une place pour la santé des pauvres". Il entend faire pression sur les deux candidats retenus par la Ville pour la rénovation du site qui semblait dédié au luxe. Le cardinal compte obliger Gérard Collomb à revoir sa copie.

Il n'avait sans doute pas laissé toutes ses forces dans la course. A l'arrivée du marathon de Lyon, Mgr Barbarin s'est confié ce dimanche à notre confrère du Progrès. "Dans son programme, Gérard Collomb avait dit «  je veux garder à l'Hôtel-Dieu des soins ambulatoires et une place pour la santé des pauvres ». Je suis sûr qu'il pense ce qu'il a écrit ; qu'il ne l'oublie pas", intime l'homme d'église (lire ici).

"Pas un carré d'or en plein milieu de Lyon"

"Nul ne lui reprochera de ne pas tenir tous ses promesses. En tenir la moitié, ce serait bien. Il parle souvent de mixité sociale. Il ne va pas faire un 'carré d'or' en plein milieu de Lyon !", poursuit-il, qualifiant Collomb "d'"humaniste", comme pour atténuer ses propos. C'est en réalité la 3e charge de l'archevêque en cette rentrée, après des interviews à TLM et à RCF. A la radio, il avait souligné que l'Hôtel-Dieu, c'était "mille ans d'histoire d'accueil des malades et de différentes pauvretés". Et de rappeler la signification étymologique du mot : "Dieu a une maison pour vous, là où il n'y en a pas (de maison, NDLR) pour vous". La parole du cardinal est légitime, tant l'histoire de l'Hôtel-Dieu et celle du diocèse sont intimement liées. Au début du 20e siècle, il y avait encore plusieurs centaines de religieuses à l'intérieur qui faisaient office d'infirmières, rappelle le diocèse.

Le maire lui avait répondu, soulignant les contraintes financières qui pèsent sur la ville, justifiant son appel au privé. "Je suis comme Mgr Barbarin, j'ai l'espérance du ciel et les contraintes de la Terre", avait lâché le maire de Lyon. Une phrase que Mgr Barbarin a jugé "plus rigolote que profonde", espérant que Collomb "a aussi quelque espérance pour la Terre". Il conclut en l'apostrophant, citant le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des Dieux : "Tu n'as pas été élu pour que tu décides tout seul".

"Le sujet aurait été plié si..."

La sortie de Mgr Barbarin n'a rien d'anecdotique. Sa parole politique est rare, et n'en a que plus de poids. Le cardinal a toujours suivi de près le dossier, laissant d'abord le père Duffé s'impliquer dans le projet de Pôle régional de promotion de la santé porté par la société civile. Celui-ci rassemblerait sur le site de l'actuel hôpital chercheurs, travailleurs sociaux et associatifs dans le but de promouvoir la santé, intégrant les problématiques d'environnement, d'alimentation, de rythme de vie ou de prévention. Délégué épiscopal à la Pastorale de la Santé, le père Duffé est un peu le ministre de la Santé de Mgr Barbarin et gère par exemple les aumôniers du diocèse. Il porte donc la parole du cardinal.

Deuxième étape : au printemps, Mgr Barbarin a pris langue avec Gérard Collomb pour le convaincre d'amender son projet. Sans effet. Alors en cette rentrée, il a choisi de prendre part au débat et d'exprimer une position publique. Le timing est bien choisi alors que la Ville a retenu deux équipes chargées de plancher sur la rénovation de l'Hôtel-Dieu (lire ici). "On s'attendait à un choix définitif du maire. Il faut donc lire l'intervention de Mgr Barbarin comme un appel aux deux candidats pour qu'ils intègrent le projet de Pôle régional. C'est aussi un message pour le jury", souffle un collaborateur de l'archevêque. Pour Mgr Barbarin, sur les 40.000 m2 compris dans la rénovation, 3000 m2 devraient être dédiés à l'accueil des pauvres. Cette prise de position change la donne dans un dossier qui paraissait bien ficelé. "Le sujet aurait été plié s'il n'avait pris la parole", assure un collaborateur du cardinal. Voilà donc le débat relancé.

Lire sur le même sujet : "Hôtel-Dieu : le choix sera entre Hyatt et Intercontinental"

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut