Procès Agnelet : la personnalité complexe de l’accusé

La personnalité de Maurice Agnelet était au centre des débats pour cette deuxième journée d’audience. Depuis lundi, il comparaît pour l’assassinat d’Agnès Le Roux, disparue à la Toussaint 1977 à Nice. L’homme, âgé de 76 ans, n’a rien perdu de sa verve. Il s’est même dit “excité”.

Physiquement, Maurice Agnelet a changé. Pas psychologiquement. Interrogé par le président sur sa vie, il va peu à peu prendre de l'assurance, bien affirmer ses propos. Comme lors des deux précédentes audiences.

Le suicide de son frère Gérard

De son enfance à Monaco, on devine un enfant seul. "Il n’y avait pas d’argent, c’est vrai", avoue-t-il à peine. Sa première émotion, sincère, apparaît lorsqu’il évoque le suicide de son frère Gérard, alors jeune homme, en 1961. "Je l’ai très mal vécu, avance-t-il d’une voix émue. Le pauvre garçon s’est fichu en l’air, sensible dans cette société." Il reproche à demi-mot la mort de son frère à ses parents, qui ne voulaient pas qu’il épouse une jeune femme. "Son père était un petit tailleur. Pour mes parents, cela ne convenait pas aux enfants Agnelet", explique-t-il. Le couple doit se séparer, ce que ne supporte pas le jeune homme.

La franc-maçonnerie, une famille

Très tôt (à 18 ans), Maurice Agnelet est devenu franc-maçon. "Pour moi c’était un moyen de trouver une famille, j’ai été très bien accueilli, j’étais le chouchou", ajoute-t-il, presque fièrement. Il sera destitué de la loge suite à la disparition d'Agnès. "La trouille, lance-t-il, moqueur, pour expliquer cette éviction. Ça sentait mauvais, cette histoire."

Il relate la rencontre avec la famille Le Roux, par l’intermédiaire de son ami Georges Blot qui épouse Patricia Le Roux en 1968. Il décrit peu sa relation avec Agnès. Sauf pour rappeler que le litige entre Agnès et sa mère était antérieur à la vente de ses parts du Palais de la Méditerranée, en 1977. Plus tard, Me Témime l’interroge sur ses sentiments : "Vous étiez amoureux d’Agnès ? – Oui. (Silence.) Follement."

Dans ses propos, Maurice Agnelet a cette habitude de ne pas répondre directement aux questions. "C’est un homme classique, défend son avocat, Me Saint-Pierre. Il prend le temps de construire son discours." Pourtant, par moments, il y a cette impression d’esquive. Au sujet de son départ au Canada, par exemple, au début des années 1980. Le président doit s’y reprendre à trois fois pour avoir une vraie réponse. Là-bas, il épouse une marionnettiste, France Chevrette, qui "rêvait d’être française". Il divorce vite, pour reprendre une vie commune avec Françoise Lausseure, sa principale maîtresse depuis plusieurs années.

“Je me sens excité”

Parfois même, Maurice Agnelet interpelle la famille d’Agnès, installée sur les bancs des parties civiles. Il ne peut pas s’en empêcher. "C’est lui qui me traite de brute ou d’assassin", lance-t-il à l’intention de Jean-Charles Le Roux. Le temps s’écoule, depuis plus de deux heures que Maurice Agnelet est debout, et parle. De son incarcération pendant cinq ans : "Je m’en suis adapté." De son rapport avec l’argent – c’est plus compliqué : "Je n’ai plus rien, tout a été siphonné", dit-il.

Son avocat, Me Saint-Pierre, intervient alors : "Il bafouille, il s’exprime jusqu’à l’absurde", lance-t-il à Me Temime et à la cour. "Comment vous sentez-vous ?" demande-t-il à son client. "Je me sens excité." Il n’a pas hésité, Maurice, à répondre. À 12h15, il s’assoit enfin.

L’après-midi, son fils Thomas, venu de Nouvelle-Calédonie, s’avance "pour la troisième fois à la barre". L'homme est définitivement convaincu de l’innocence de son père. "Pour moi, cette situation est à devenir fou", explique-t-il. "J’ai toujours soutenu mon père, c’est quelqu’un d’extrêmement intelligent, du genre intellectuel. Maintenant c’est un vieillard, continue-t-il. Je voudrais que vous l’acquittiez." Thomas assistera à l’audience jusqu’à la fin, prévue le 11 avril.

Agnelet est un séducteur et un vrai manipulateur

Cette journée s’achève sur le témoignage, digne, de Patricia Le Roux, la sœur d’Agnès. Son mari, Georges Blot, était l’ami d’enfance de Maurice Agnelet. C’est en 1968, à son mariage, que Maurice Agnelet rencontre la famille Le Roux. Dans sa voix, aucune animosité gratuite envers l’accusé. Dès 1973, elle dit se méfier de cet homme. Il lui propose même d’avoir une "relation clandestine". "J’avais tellement honte pour mon mari, pour moi, que je n’ai rien dit. J’ai peut-être eu tort", confie-t-elle.

Concernant sa relation avec Agnès, elle dit que "c’est un séducteur, un grand manipulateur. Je pense qu’il a joué avec elle". Visiblement, cette relation a changé sa sœur : "Elle était transformée, elle est devenue sinistre." Même constat de son autre sœur, Catherine. Toutes deux sont persuadées, comme leur frère, de la culpabilité de l'accusé.

En face, Maurice Agnelet écoute, attentif. Le reste de la semaine sera consacré à la personnalité de l'autre principale protagoniste : Agnès Le Roux, héritière de 29 ans, disparue à la Toussaint 1977.

1 commentaire
  1. grandlyonnaise - mer 19 Mar 14 à 18 h 14

    ah ! la fameuse franc-maçonnerieles réseaux qui protègent les 'frères' en toutes circonstances, même les pires ce n'est autre que corruption et anti-démocratie

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