30 000 euros pour un enfant

Voyages, visas, rémunérations des avocats...Existe- t'il un business de l'adoption internationale ?

Adopter et payer : deux mots antinomiques, qui éveillent le spectre des dérives comme les vols d'enfants à l'étranger ou les soupçons qui ont pesé sur les familles d'accueil des enfants de l'Arche de Zoé. Pourtant, si l'adoption est gratuite, en pratique, elle a un coût. Louis-Claude M. a adopté en Colombie, il y a 14 ans, et se souvient : "cela nous avait coûté environ 30 000 francs". Pomme D. est la maman d'un petit russe de 8 ans et raconte : "je me rappelle avoir dépensé une brique." Sur le site Internet de l'œuvre de l'Adoption Française, on trouve de curieux "tarifs". Montant à la charge de l'adoptant en Colombie : 2 652 euros, en Haïti : 5935,24. Pourquoi de telles sommes ? Car la majorité des adoptions se fait à l'étranger et que le coût global de l'adoption dépend essentiellement des pays, du nombre d'enfant et des conventions signées. Plusieurs critères entrent en compte : les billets d'avion, l'hébergement, les traductions du dossier, la procédure sur place, l'avocat, le jugement, le visa... Auxquels s'agrègent d'autres postes budgétaires comme les frais de l'OAA ( voir encadré) ou les orphelinats.
Un business de l'adoption ?
"En Colombie, les enfants viennent souvent d'orphelinat privés qui vivent des dons des parents adoptants" explique Béatrice Arsac, déléguée d'une association de parents adoptant. L'argent de ces derniers finance tout un système. Mais existe-t-il pour autant un business de l'adoption ? "Non !", clame Anne Montel, présidente du Comité de Lyon de l'œuvre de l'Adoption Française. "Toutes les sommes que nous recevons sont contrôlées par l'Autorité Centrale de l'Adoption Internationale : lorsqu'un couple s'adresse à nous, il signe une convention et nous n'avons pas le droit de demander un euro de plus. Nous sommes un organisme privé et nous ne recevons pas d'autres aide financières" En moyenne et selon le pays, les parents passant par un OAA ou l'AFA dépensent 10 000 euros, voyage et l'hébergement compris. Cette solution serait même plus "économique" que les démarches individuelles. Thierry Sotton, responsable du bureau d'adoption du Conseil Général expose : " Les OAA et l'AFA sécurisent et facilitent les démarches à l'étranger. Dans le cadre de démarches strictement individuelles, j'ai vu des couples dépenser entre 25 mille et 30 mille euros." Outre les dérives que cela peut entraîner, on peut légitimement penser que l'adoption n'est pas ouverte aux parents les plus modestes. Thierry Sotton constate : "On touche des catégories socio-professionnelles moyennes comme les professions libérales, les enseignants..." Contrairement à certains conseils généraux, qui accordent des emprunts à 0 % pour assister financièrement les parents adoptants dans leurs démarches, le Rhône n'accorde aucune aide. Injustice ? Béatrice Arsac concède : "C'est vrai qu'il y a peut-être des gens qui ne gagnent pas assez pour adopter." Mais comme l'explique Anne Montel : "Le pays d'origine de l'enfant s'assure que le couple peut l'assumer. Cet argent est au service de la fondation d'une famille : c'est un investissement dans le temps, un engagement pour toute une vie."
http://www.diplomatie.gouv.fr/
http://www.agence-adoption.fr/home/

Adoption, mode d'emploi
Une fois que les parents ont reçu l'agrément du Conseil Général les autorisant à entreprendre une démarche d'adoption, deux voies leurs sont ouvertes. Effectuer une démarche individuelle d'adoption dans les pays qui l'autorisent ou se faire accompagner. Ils ont pour cette dernière possibilité le choix entre l'AFA, qui est un organisme public intervenant dans les états ayant ratifiés la Convention de la Haye, ou les OAA, organismes privés qui facilitent les démarches des adoptants seulement dans les pays où ils ont reçu l'autorisation d'adopter.

Marie-Laure Cotte-Bouteillat a été adoptée. Elle se bat au sein de l'association "les X en colère" pour que la parole des enfants soit prise en compte dans le processus de l'adoption.
Lyon Capitale : On parle de plus en plus d'un business de l'adoption. Quel est votre avis sur la question ?
Marie-Laure Cotte-Bouteillat : Il y a véritablement un business de l'adoption. Et c'est quelque chose qui me fait bondir. Des gens pensent qu'il suffit de sortir une carte bleue pour avoir un enfant tout beau, tout chaud. C'est insupportable ! Vous imaginez déjà la souffrance que c'est d'apprendre pour un enfant qu'il a été adopté alors rajouter que ses parents adoptant ont dû payer pour pouvoir l'accueillir. C'est encore une souffrance, une incompréhension supplémentaire.

Existe-il un fort lobbying de l'adoption ?
C'est impressionnant, le lobbying que certaines associations de parents peuvent faire. Notamment l'EFA (Ndlr : Enfance et Familles Adoptions) qui ne cesse de mettre la pression sur les gouvernements, les orphelinats. Je trouve ça vraiment dégueulasse, car on oublie la place de l'enfant dans cette histoire.

Comment jugez-vous l'action de l'association l'Arche de Zoé ?
Je ne veux pas me poser en juge d'autant que je ne possède pas tout les éléments de cette affaire. Mais je ne comprends pas comment autant de gens peuvent être aussi crédule pour penser qu'on puisse adopter un enfant aussi facilement. Les parents adoptant oublient trop souvent qu'ils adoptent un enfant qui a une histoire, un passé, une culture et des coutumes différentes des nôtres. C'est trop facile de jouer au bon européen en se disant qu' ils seront mieux chez nous. Franchement, je suis en désaccord avec cette façon de faire.

Propos recueillis par Razik Brikh

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