Sécurité au lycée : “l’annonce de Wauquiez nous laisse dubitatifs”

À l’image de ce qui avait été imaginé pour les gares de France, Laurent Wauquiez souhaite munir tous les lycées de la région de portiques de sécurité. Une mesure jugée peu réalisable par le Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale.

Laurent Wauquiez l'a promis dans sa campagne pour le réaffirmer au lendemain des attentats, il se donne un an pour "lancer la protection de la quasi-totalité des lycées de la région", notamment par l'installation de portiques de sécurité et de caméras de surveillance. Un lycée pilote sera d'ailleurs très bientôt équipé. Mais, pour Gérard Heinz, secrétaire académique du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale, de nombreux doutes persistent sur la mise en place et sur l'efficacité de telles mesures.

Dans la lancée du lycée pilote, Laurent Wauquiez voudrait généraliser l'expérience aux 322 établissements publics de la région. Un pari très ambitieux, puisque chacun de ces établissements devra d'abord voter pour ou contre ces installations. Selon Gérard Heinz, "sur des questions aussi polémiques, il est clair que le chef d'établissement doit proposer l'équipement. Mais le vote pour l'installation de portiques ne sera à mon avis jamais suivi. Connaissant bien le fonctionnement des conseils d'administration – qui regroupent des parents, des professeurs et des représentants administratifs – ça peut arriver ici ou là, mais je doute que cela arrive de façon générale sur tous les lycées de la région".

73 minutes pour faire passer 1 000 élèves

Sur l'aspect pratique, le syndicat relève également le temps nécessaire à de tels contrôles : "Si l'on part d'un lycée type d'à peu près 1 000 élèves et qu'on arrive à faire passer chaque élève en l'espace de 3 secondes – ce qui est très rapide et ce qui veut évidemment dire que tous les élèves acceptent d'ouvrir leur sac et ne rechignent pas... – il faut 73 minutes pour faire passer tout le monde. Je ne sais pas comment des élèves vont réussir à arriver à l'heure en cours avec cela", interroge Gérard Heinz.

Autre problème de réalisation pointé par le syndicat, la nécessité d'avoir du personnel spécifiquement assigné à cette tâche : "Si le conseil régional ne met pas des gens à disposition, qui va contrôler ? On est très dubitatif, on voit bien qu'on est sur un effet d'annonce et que, concrètement, ça n'a peut-être pas été réfléchi plus que ça. Il y a aussi une crainte de notre part : si vous mettez des portiques de sécurité, ça va créer des attroupements devant les lycées, ce qui n'est pas une très bonne chose en termes de sécurité."

“Un portique n’a encore jamais détecté de cannabis”

Selon le nouveau président du conseil régional, Laurent Wauquiez, l'installation pourrait également permettre de lutter contre le trafic de drogue dans les lycées. Encore une fois, si la mesure semble partir d'une bonne intention, la réalisation concrète est tout autre.

"Les portiques de sécurité n'ont encore jamais détecté du cannabis dans les poches des élèves, fait observer Gérard Heinz, pour le Syndicat national des personnels de direction. Et, pour fouiller, il faut l'assentiment de l'élève. Quand on a une suspicion de possession de cannabis, on est obligé d'appeler la police ou les gendarmes. Il faut un officier de police judiciaire pour pouvoir fouiller un élève. On le sait, le cannabis est consommé dans les lycées, mais si vous avez besoin d'un officier de police judiciaire à demeure tous les matins pour procéder aux fouilles parce que des élèves refusent d'ouvrir leur sac, on va obtenir l'effet inverse de ce qu'on recherche."

Des demandes plus concrètes en attente

Gérard Heinz rappelle également que certaines demandes plus concrètes en matière de sécurité dans les lycées sont toujours sans réponse. "Nous demandions déjà sous le mandat précédent le report des loges d'accueil au niveau des grilles des établissements, ou la mise en place de systèmes de sonorisation différents pour pouvoir faire fonctionner nos exercices d'évacuation… Ce sont des choses toutes bêtes, très concrètes, qui pourraient bien évidemment être bien plus utiles, et pour lesquelles on n'a toujours pas de réponse."

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