Philippe Barbarin à son arrivée au tribunal, le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Philippe Barbarin à son arrivée au tribunal, le 7 janvier 2019 © Jeff Pachoud / AFP

Affaire Barbarin : guerre des mots entre avocats avant la décision d'appel

La semaine passée, les parties civiles avaient confié à Lyon Capitale leurs regrets de voir le procès Preynat avoir lieu après le procès Barbarin. Ce lundi, les avocats du cardinal ont à leur tour critiqué le comportement des plaignants en critiquant “les errements des accusateurs de Philippe Barbarin”.

Dans une tribune libre publiée ce lundi par Lyon Capitale, Mes André Soulier et Jean-Félix Luciani, avocats du cardinal Barbarin, ont critiqué l'attitude des parties civiles durant le procès Preynat. Dénonçant les “errements des accusateurs du cardinal Barbarin”, les deux hommes de robe ont estimé que “les plaignants, qui ont sans cesse contesté la crédibilité de Monsieur Preynat durant l’audience correctionnelle, feignent néanmoins de se contenter de sa parole, curieusement et exclusivement lorsqu’elle aboutit à une éventuelle mise en cause de Monseigneur Barbarin. Le procès de Monsieur Preynat a ainsi été l’occasion pour certaines parties civiles, par leurs questions et, surtout, leurs commentaires, de continuer le procès du cardinal Barbarin, et ce, en dehors de la présence de celui-ci et de la nôtre et alors que la cour d'appel n’a pas encore jugé, son arrêt devant être rendu le 30 janvier !”.

Pour rappel, quatre victimes de l'ancien prêtre sont aussi parties civiles dans la procédure concernant Philippe Barbarin, condamné en première instance pour “non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs”. Lors de son procès, Bernard Preynat a affirmé qu'il avait dit au cardinal Barbarin en 2010 qu'il était “coupable d'agressions sexuelles pendant de nombreuses années”. Des propos qu'il avait déjà tenus lors de la procédure alors que l'archevêque de Lyon avait plutôt minimisé évoquant “des rumeurs”, des “trucs”. 

Un procès “affaires sensibles”

Assez pour susciter l'agacement d'un des avocats des parties civiles la semaine dernière. “On comprend mieux pourquoi le parquet de Lyon a décidé d'audiencer ce procès après celui du cardinal. Ainsi, les parties civiles ne peuvent pas utiliser ces propos de Bernard Preynat dans la procédure Barbarin (…) Quand on lit dans les propos du professeur Yves Mayaud [grand professeur de droit pénal, NdlR] rapportés dans les diaires du cardinal Barbarin, on voit que l'affaire est surveillée en haut lieu, ça éclaire certaines choses”, avait critiqué Me Jean Boudot. Ce dernier fait référence aux agendas du cardinal (diaires) saisis par la justice au diocèse de Lyon. L’archevêque y rapporte les propos du professeur de droit : “Tout sera fait avec l'accord du garde des Sceaux. Suivi de près par le pouvoir “affaire sensible”.”

L'avocat marseillais avait égratigné au passage le parquet de Lyon : “On est content de retrouver le parquet aujourd'hui, mais là on n’a pas besoin de lui. En première instance, il était absent, recroquevillé sur sa chaise. Et, lors du procès en appel [de Philippe Barbarin], l'avocat général a fait le choix de diffuser sa plaidoirie. Cela veut dire qu'en plus de protéger le cardinal dans la salle d'audience, il veut que cette protection se diffuse à l’extérieur. En vingt ans de carrière, je n'ai jamais vu ça. 

“Tout n’est pas permis pour parvenir à la condamnation d’un homme”

Des propos inacceptables pour André Soulier et Jean-Félix Luciani : “Les parties civiles ont, en réalité, cité directement Monseigneur Barbarin devant la juridiction pénale, c’est-à-dire qu’elles ont choisi, et elles seules, le moment du procès fait à l’Évêque de Lyon. Elles se sont ensuite gardées, par exemple, de solliciter le renvoi du procès qu’elles faisaient au cardinal Barbarin après le procès de Monsieur Preynat. Elles n’ont pas davantage tenté de citer Monsieur Peynat comme témoin devant la Cour, sachant, il est vrai, qu’elles avaient déjà évité de demander sa confrontation avec notre client à l’issue de l’enquête de police”. Et de conclure : “Tout n’est pas permis pour parvenir à la condamnation d’un homme, ni pour tenter de convaincre encore ses juges et l’opinion de sa prétendue culpabilité alors que son affaire est en cours de délibéré. Notre devoir d’avocat est de ne pas accepter le dévoiement de l’idée et de l’esprit de justice.”

Guerre des étoiles

Des arguments repris sur la forme par Me Frédéric Doyez, lors de sa plaidoirie. “Dans un procès en citation directe, c'est la partie qui lance la citation directe qui a la main sur le calendrier”, a-t-il déclaré. Sur le fonds, l'avocat de Bernard Preynat a plutôt estimé, et pour d'autres raisons propres à son client, que “le procès Barbarin et le film Grâce à Dieu de François Ozon” auraient dû avoir lieu après l'audience de l'ancien prêtre. “Il était absent du procès Barbarin, mais tout le concernait. Tout tendait à savoir ce qu'il avait pu faire. Il n'y a que dans la guerre des étoiles que l'on présente la fin avant de projeter les origines”, avait-il lancé.

L'arrêt de la cour d'appel sera rendu le 30 janvier prochain, le jugement Preynat a lui été mis en délibéré au 16 mars à 10h. 

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