ALCOOL : PROHIBITION SUR LES BERGES ?

Mais l'application de cette mesure semble compromise.

Vendredi soir. Premier week-end de juin où il ne pleut pas. Il est deux heures du matin, plus de cinq cent personnes se pressent sur les marches de la Guillotière. Une ambiance festive et conviviale imprègne les berges du Rhône. De chaque côté du pont, la jeunesse lyonnaise discute, chante, joue de la musique, crache du feu. Et forcément boit. En toute illégalité. Par arrêté municipal daté du 27 avril, "l'introduction et la consommation de boissons alcoolisées et de boissons dans des contenants en verre sont interdites". Mais ce soir-là pas de trace des six à huit agents de la police municipale qui traquent les buveurs. Face à une telle foule, difficile d'intervenir. Ils préfèrent donc venir les soirs de semaine. "Actuellement, vu que c'est un nouvel espace, on va au devant des gens pour faire preuve de pédagogie, explique Isabelle Mercier, la directrice de la police municipale. Mais à un moment donné, il y a une fin à la pédagogie et les agents dresseront des contraventions". A savoir 38 euros par personne. "Pour une fois qu'on a un truc bien à Lyon, ça va être fini", lâche, amer, Amaury, jeune stagiaire à qui les agents, quelques jours plus tôt, ont intimé l'ordre de jeter sa bouteille de bière à la poubelle.

Principe de précaution
"Interdire l'alcool relève d'une mesure de précaution qui vise à maintenir la tranquillité publique, justifie Jean-Louis Touraine, premier adjoint (PS), en charge de la sécurité. Dans un lieu aussi fréquenté que ça par des personnes de tous âges, on ne peut pas encourager la consommation d'alcool". "On est pris entre deux désirs, poursuit Jean-Louis Touraine. D'un côté, des gens veulent plus de liberté pour faire la fête. De l'autre des gens se plaignent des nuisances, notamment sonores, provoquées par de tels rassemblements. On ne répond pas à ceux qui demandent la tranquillité absolue mais on ne répond pas aussi à ceux qui veulent tout y faire".

Le bruit des djumbés tard dans la nuit, les ruisseaux d'urine et les centaines de bouteilles vides abandonnées ne jouent pas en effet en faveur des fêtards. La mairie promet l'arrivée prochaine de toilettes et de poubelles. Mais pas de silos à verre, vu que son introduction est interdite par l'arrêté.
Les Lyonnais profitent peut-être des derniers jours d'une certaine liberté à ciel ouvert. Mais pour mettre fin à ce qui est devenu un rendez-vous urbain, faudra-t-il interdire la vente d'alcool dans les commerces de proximité ? Grillager les berges ? Envoyer les CRS ? Ou tout simplement dresser des centaines de contraventions ?

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