ART ET ENTREPRISE SONT LES QUAIS DE SAÔNE

Ses petites lunettes frétillent au bout de son nez. Georges Verney-Carron fulmine : « Il faut arrêter les lyonnaiseries et faire entrer la ville dans son siècle ! Nous devons, comme ont su le faire nos ancêtres, faire venir le monde à Lyon, faire venir les artistes du monde dans cette ville qui s’était encroûtée totalement ! » Silence. Il pose son regard amusé sur la mine contrite de son interlocuteur, scribouillard peu sensible à la création contemporaine.

Georges Verney-Carron est un communiquant à la Jacques Séguéla. Même faconde, même sens de la mise en scène de soi, la vacuité intellectuelle en moins, la passion pour l’art en plus. Lyon lui doit les parkings les plus célèbres du monde. C’est lui qui a initié leur refonte, associant un architecte à un artiste, faisant de ses garages à voitures des lieux attrayants. Depuis presque 40 ans, son groupe associe la communication à l’art contemporain au service de clients publics et privés, de Lille capitale culturelle aux Nuits blanches parisiennes, en passant par les Biennales de Lyon ou la mise en lumière de la mer, au Touquet. « Dans nos budgets, nous concilions systématiquement éthique, économique et esthétique » aime à rappeler Florence Verney-Carron, son épouse et associée, « et nous puisons beaucoup de notre énergie créatrice dans l’art contemporain, y compris dans ce qui nous déstabilise. »

Précurseurs, les Verney-Carron le sont encore aujourd’hui. Ils s’installent dans des locaux, au confluent du Rhône et de la Saône, là où un nouveau quartier est en construction. Ils sont les premiers d’une longue série d’entreprises qui vont investir l’endroit. Leurs sociétés, rebaptisées Groupe 45, emménagent dans l’ancien immeuble des douanes, sur les Docks, proche de la Sucrière où va se dérouler la Biennale d’Art Contemporain. Le bâtiment est sublime. Il a été réhabilité par le designer Jean-Michel Wilmotte, à qui l’on doit le Musée des Beaux-arts, le parking des Célestins et 80 % du mobilier urbain de Lyon. Lequel fut associé à l’artiste Krijn de Koning. Immense plaisir pour les yeux, il l’est aussi pour les salariés qui bénéficient de bureaux confortables et lumineux, ensemencés d’œuvres d’art. Le public pourra aussi se régaler puisque deux galeries ouvrent au rez de chaussée, celle d’Olivier Houg et celle de Georges Verney-Carron.

Le soir de l’inauguration, le gratin politique et économique de Lyon se pressait pour féliciter les maîtres des lieux. Puisse cela leur accorder la grâce. Et qu’ainsi convertis, ils jouissent dans l’art contemporain. L’espace public et les entreprises en deviendront aussi attrayants que les parkings.

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Pierre-Yves Gomez © Antoine Merlet
Pierre-Yves Gomez est économiste, essayiste et professeur à l’EM Lyon, où il dirige l’Institut français de gouvernement des entreprises. Dans L’Esprit malin du capitalisme (Desclée de Brouwer, 2019), il montre comment le capitalisme s’approprie tous les aspects de notre existence et dans quelle mesure il influence nos modes de vie. Entretien.
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