Crédits: Union européenne – contient des données Copernicus Sentinel 2019 modifiées

Atmo à Lyon : "si la pollution dépendait d’une infra, ça serait facile"

Ils sont les gardiens de la qualité de l'air. Tous les jours, les équipes Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes mesurent les niveaux de pollution et livrent un précieux travail. À quelques semaines des élections, le réseau de surveillance veut aider les candidats et futurs élus en proposant des pistes de travail. Présidente d'Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes, Marie Blanche Personnaz répond aux questions de Lyon Capitale, dans un contexte où certains candidats promettent de construire une nouvelle autoroute qui serait "écologique" ou expliquent qu'ils vont "sortir la pollution de la ville".

Lyon Capitale : Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes est souvent très discret, or cette année, pourquoi décider de proposer aux candidats des idées pour améliorer la qualité de l'air (voir ici) ?

Marie Blanche Personnaz, directrice d'Atmo-Auvergne-Rhône  : Nous ne sommes pas une association militante, nous avons un rôle en matière de surveillance, d'information, de communication, que ce soit pour l'Etat, les collectivités, les entreprises et les citoyens. La qualité de l'air ne passionnait pas les foules avant. Aujourd'hui c'est l'inverse, cela va même devenir un business.

Des élections arrivent, l'action pour améliorer l'air commence à l'échelle des élus de proximité, c'est un maillon indispensable. Ces derniers ont des compétences en matière d'urbanisme, de transport, de réglementation. On s'est alors dit qu'il fallait leur rappeler que la qualité de l'air est un sujet qui intéresse leurs administrés : 8 habitants sur 10 sont inquiets pour la qualité de l'air qu'ils respirent, 90 % de la population s'y intéresse.

Allez-vous prendre parti ?

On ne se positionne pas pour un candidat ou un autre  On voit déjà l’émergence du sujet "qualité de l'air", ça nous satisfait. Après, les candidats ont des intentions, maintenant, on attend de voir les vraies actions : quels sont les projets concrets, évaluables, qui nous permettent d'avancer, quelles sont les mesures proposées ?

La qualité de l'air a toujours été un parent pauvre. Quand il faut faire un arbitrage, c'est toujours nous qui trinquons, on va toujours privilégier l’énergie. Pourtant, aujourd'hui nous avons de nombreuses données, on sait évaluer les actions, on connait les leviers, on sait que si l'organisation d'une ville est mal faite, cela va poser un problème de pollution, pareil pour la mobilité.

Les élus ont beaucoup de cartes en main, certaines sont oubliées comme l'air intérieur des établissements qu'ils gèrent. C'est important, notamment pour les enfants. Quand ils trinquent, c'est difficile de récupérer les choses ensuite. Il y a aussi les espaces verts, il ne faut pas se contenter d'en mettre, mais faire attention à la manière de le faire. Notre interpellation, c'est notre manière de leur dire : "nous sommes là, disponibles, nous avons les données, nous avons l'expertise, on peut vous aider".

Certains candidats proposent de "sortir la pollution de la ville" en construisant l'autoroute urbaine de l'Anneau des Sciences (voir ici)...

... si la pollution d'une ville dépendait d'une infrastructure, ça serait super facile. Une infrastructure en elle-même ne joue pas tant que ça sur la qualité de l'air quand on pense à l'échelle globale d'une agglomération. Il s'agit de solutions utilisées par le passé qui ont prouvé que la pollution ne dépend pas que de ça. Sur l'échelle de la ville, cela ne règle pas la question des particules fines PM2.5 (NDLR : considérées comme dangereuses pour la santé). Sur Lyon, je ne pense pas qu'il y ait besoin d'une nouvelle infrastructure, cela coûte très cher et ça ne fait pas diminuer les émissions.

Après, si on parle de pollution de proximité, de surexposition, nous avons des voiries comme Laurent Bonnevay, d'autres à Bron, où des habitants sont surexposés. Là, des actions comme la diminution de voirie ou une "zone faibles émissions" sont faites pour aider à régler cette situation. Il faut clairement une autre organisation du transport, il faut avant tout éviter de réaliser de nouvelles constructions urbaines à côté de ces routes, jusqu'à ce qu'on soit en dessous de nos objectifs d'exposition des populations. Il faut éviter de remettre des populations à ces endroits. Si les élus étaient déterminés à ne plus construire de crèche ou d'école où les cartes de la qualité de l'air sont rouges, cela serait courageux. Si déjà on intégrait ces problématiques dans le PLU, ce serait un net progrès.

La pollution disparaît-elle quand on enterre les routes ?

Quand on enterre, il y a toujours des entrées et sorties, on va donc surconcentrer la pollution à des endroits. Selon moi, cela sera "kif-kif". Il faudrait là aussi ne pas avoir de populations à proximité. Dans le cadre d'un contentieux où la France a été condamnée, l'Europe nous demande 0 population exposée à des valeurs supérieures aux seuils pollution.

Des candidats ont placé leur foi dans les innovations technologiques comme futures solutions à tout, qu'en pensez-vous ?

Il faut des améliorations technologiques, c'est une aide intéressante. Nous sommes dans un monde de business, elle permet d'orienter les sociétés dans le bon sens, mais ce n'est pas la technologie qui va nous sauver. La technologie sans prise de conscience, sans changement de comportements, de modèle de société... (elle fait une pause)... on n’y arrivera pas. Regardez le smartphone, c'est une innovation technologique. Il nous permet de dialogue avec les citoyens, mais aussi de recevoir des fake news, des messages anxiogènes. Une technologie en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise.

La voiture électrique ne réglera donc pas les problèmes ?

C'est une solution intéressante, mais pas pour tout, pas pour tout le temps, pas pour tous les trajets. Il faut savoir faire ce tri. On en revient à l'idée du modèle de société vers lequel on veut aller. Les jeunes n'ont plus la même utilisation de la voiture que leurs parents, ni la même image. Ils ne considèrent pas que c'est un objet de promotion sociale, ils peuvent vivre sans posséder une voiture. Les images des objets technologiques changent. Toute personne qui regarde une publicité de voiture à la télévision voit bien qu'il y a un décalage entre ce qu'on nous vend et l'usage réel. Personne ne se balade librement en ville avec une voiture comme dans les publicités.

Et l'hydrogène ?

C'est le genre typique de technologie qui n'équipera pas les voitures individuelles rapidement. On l'oublie, mais l'hydrogène n'est pas une énergie, c'est un vecteur, uniquement un vecteur. Pour qu'il soit là, il faut le fabriquer, nous devons être bien conscients de cela.

L'hydrogène ne résoudra pas nos problèmes de qualité de l'air dans les cinq prochaines années. Pour respecter le contentieux européen, il nous faut des solutions rapides. Pour protéger les populations, nous ne pouvons pas compter sur l'hydrogène. Personnellement, je ne peux plus entendre, "Il faut attendre ci ou ça". Sans attendre, avec les solutions qui existent aujourd'hui, nous pouvons déjà résoudre les problèmes en combinant les bons outils. Des solutions rapides existent sans toujours devoir miser sur la recherche.

À quoi pensez-vous ?

Il y a une forte demande de la part des moins de 35 ans, ce qui est enthousiasmant. Nous avons une addiction à la voiture qui fait que nos organisations sont construites autour du transport routier. On peut pourtant faire de la mobilité sans polluer, organiser la ville différemment, savoir comment les gens se déplacent, répondre à leurs besoins sur toute l'agglomération, encourager les modes doux, repenser l'urbanisme. Il ne suffit pas de construire juste un trottoir, mais avoir une approche plus large, réfléchir à l'aération de la ville. De même, nos problèmes de déplacement sont dus en grande partie à cause des trajets domicile / travail. Le télétravail est un outil intéressant, ça peut aller très loin.

Pour faire diminuer les émissions, vous avez la réglementation comme les "zones faibles émissions". Nous le disons aux candidats : "c'est un outil, à vous de vous en emparer". On nous répond parfois qu'en empêchant les vieilles voitures de circuler, on va contraindre les plus pauvres, être injuste. Les vrais pauvres n'ont plus de voiture depuis longtemps. Ils habitent le long des voiries les plus polluées, c'est 15 % d'asthme en plus. On a mis en place des ambassadeurs du tri pour les déchets, pourquoi pas des ambassadeurs de l’air pour aider le plus grand nombre ? Il faut aller jusque là, ne pas se contenter des effets d’annonces, mais accompagner la prise de conscience.

Pour les chauffages au bois polluants, nous avons toujours poussé pour que les aides soient proportionnelles aux revenus. Si vous en restez à des mesures fiscales, ce sont toujours les mêmes qui en bénéficient, ceux qui ont accès à l'information, ceux qui ont le temps de remplir des dossiers compliqués. Par ailleurs, les émissions de dioxyde d'azote nous préoccupent toujours, mais si les constructeurs avaient respecté la réglementation européenne, nous n'aurions plus ce souci.

Lors des pics de pollution, la circulation diminue assez peu au final...

Quand la circulation différenciée est mise en place, nous faisons des calculs théoriques de type "on devrait gagner ça". Quand arrive le moment du bilan, on n'obtient pas la performance escomptée. La mesure n'est pas toujours respectée. Donnons-nous les moyens de faire plus d'actions ! Nous l'avons demandé au préfet.

Sur ce mandat, on entendra plus Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes ?

Oui, je pense. On a parfois dit les choses trop gentiment, fait des rapports techniques avec des raisonnements d'ingénieurs qui n'ont pas été pris en compte. Il faut dire les choses plus clairement, ne pas rester dans des cercles techniques, sinon certains lobbys sont plus forts.

Aucun candidat aux élections à Lyon ne vous a proposé d'évaluer ses projets ?

Aucun. Certains n’ont pas osé, ils savaient peut-être ce qu’on allait leur dire (rires). Aux personnes qui remporteront les élections, nous leur proposerons de tout évaluer, de les aider dans leur choix avec des données précises. Nous voulons leur dire : c'est ça qui fera que demain, les gens vous suivront.

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