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@ Lambert Segura

Comment Maison Lejaby veut faire renaître toute une filière

REPORTAGE - Fini Lejaby. Parlez de Maison Lejaby. Un an après sa reprise par Alain Prost l’ancien PDG de l’italien La Perla, l’entreprise de corseterie de Rillieux-la-Pape s’offre une "renaissance". Elle présentait jeudi 10 janvier, ses objectifs pour l'année 2013, repositionner la société sur le secteur très haut de gamme, du luxe 100% fait main et estampillé made in France. "Un challenge", selon le PDG, qui l’affirme : "l’avenir de Maison Lejaby existe".

Allure très soignée, costume impeccable et sourire pétillant, Alain Prost ne cache pas son impatience, à une semaine de la présentation de la nouvelle collection de la maison, aux journalistes et clients internationaux à Paris. "Il faut 18 mois pour faire naître une collection de lingerie. À partir de juin, nous lancerons notre première collection 100% Maison Lejaby", annonce-t-il, enthousiaste. Un virage important pour l’entreprise qui entend bien affirmer une identité "très couture", précise le dirigeant. "Maison Lejaby Couture", c’est d’ailleurs le nom de la nouvelle collection qui vient s’ajouter aux trois historiques rebaptisées pour l’occasion Maison Lejaby Lingerie, Plage et Elixir.

Séduire l'international

Alain Prost nourrit de grands espoirs avec ses soutiens-gorge bleu-blanc-rouge. Il veut séduire à l’international. 50 à 60% des productions maison sont d'ailleurs destinées à l’étranger. Un chiffre que le PDG espère voir passer à 70% d’ici 2014. Principaux clients, les Russes pour qui le savoir-faire français demeure un gage de qualité. "Nous aimerions également nous tourner vers le Moyen-Orient et la Chine", précise Alain Prost. Mais après avoir perdu près de 60% de ses points de vente dans le monde sur les 5 dernières années, Maison Lejaby a fort à faire pour reconstruire son réseau de distribution. "La reconquête ne pourra se faire que progressivement, sur l’année écoulée nous nous sommes déjà réimplantés en Amérique du nord et en Europe. Les Galeries Lafayette Haussmann, le Printemps Haussmann et Harrods à Londres possèdent maintenant un point de vente Maison Lejaby", raconte Alain Prost.

"Un gros million d'euros de pertes en 2012"

Un an après la reprise, le nouveau PDG juge les résultats financiers "en accord avec ce qui avait été présenté au tribunal". "Notre chiffre d’affaire pour 2012 est de 24 millions d’euros. Nous avions prévu une perte de 2 millions d’euros, elle sera vraisemblablement d’un gros million", précise l’ancien PDG de la Perla qui table sur une année 2013 sans pertes ni profit. "Il n’est pas évident de rendre saines les finances d’une entreprise comme celle-ci, qui a perdu 40 millions d’euros sur 2010-2011. Il faudra trois ans pour être certain que la maison est bel et bien repartie." En attendant, Maison Lejaby se donne les moyens de sa réussite. En 2012, les effectifs ont augmenté de 19 personnes, employées en CDI. 130 personnes travaillent sur le site de Rillieux-la-Pape, dont une centaine focalisée sur le développement, du design à la conception en passant par le modélisme. "C’est là que se situe le cœur de notre savoir-faire", insiste Alain Prost.

Partenariat

Si quelques pièces délicates sont réalisées dans les ateliers de Rillieux (voir photo ci dessus), la production est réalisée à 60% dans un atelier de corseterie de la Sarthe, à la main. Les 40% restants seront bientôt produits à Villeurbanne, dans l’entreprise Les Atelières au sein de laquelle plusieurs "anciennes Lejaby" travaillent. Muriel Pernin, PDG de l’entreprise se félicite de ce partenariat étroit avec Maison Lejaby. "Nous avons déjà trois commandes fermes et 30 à 40 propositions commerciales", se satisfait-elle. 26 petites-mains aux doigts d’or s’activeront dès la semaine prochaine dans les 450m² des ateliers villeurbannais. Parmi elles, hommes et femmes de 20 à 60 ans. Car au-delà de la production, le défi est également la transmission des savoirs.-faires Muriel Pernin avoue d’ailleurs être en train de se battre afin d’obtenir un statut pour assurer des formations dans une filière qui a disparu en France.

Les corsetières culottées

Passer le relai, c’est également le leitmotiv de Nicole Mendez, salariée de Maison Lejaby et associée des Atelières. De nombreuses années de maison derrière elle, elle parle sans ambages, très directement. "On est dans la corseterie, mais on est culottés. Aujourd’hui, nous paraissons peut-être un peu fous, parce que nous ramons à contre-courant, nous osons la relocalisation", affirme-t-elle, pas peu fière de pouvoir transmettre le savoir-faire qu’elle possède. "Nous avons retrouvé une entreprise dirigée par un homme, et pas par un fond d’investissement. Cela fait une grande différence", affirme-t-elle. Au fond, elle ne nourrit qu’un seul regret : que cela ne soit pas arrivé plus tôt.

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