Tom Thiellet, le fondateur et co-gérant du Moulin / © Le Moulin

Coronavirus à Lyon : au bord de la crise, le patron du Moulin tire la sonnette d'alarme

Tom Thiellet, le fondateur et co-gérant du Moulin, une entreprise lyonnaise de restauration rapide qui emploie 80 personnes, tire la sonnette d'alarme sur la situation critique de nombreuses enseignes qui se sentent complètement démunies. Interview.

Lyon Capitale : Vous avez décidé de lancer un véritable cri d'alarme concernant la situation critique de nombreuses entreprises dans la Métropole de Lyon...

Tom Thiellet : Effectivement, nous sommes dans une situation complexe. Il y a trois points majeurs : le premier, il s'agit du rôle des banques, le deuxième concerne les entreprises de plus de 50 personnes même dans les secteurs sinistrés qui sont exclus de la plupart des dispositifs d'aides existants actuellement. Pour notre entreprise cela représenterait environ 80 000 euros auxquels depuis le premier confinement, on n'a pas pu prétendre. Et le dernier point, c'est de soulever cette question sensible de l'équation bénéfice et conséquence des mesures actuelles. Cela se voit peu aujourd'hui car les entrepreneurs et les dirigeants sont des gens qui essaient de se débrouiller tout seuls. Ils n'ont pas trop l'habitude d'appeler à l'aide et ont même du mal à le faire. Mais ils sont très nombreux à se retrouver dans des situations dramatiques. Si cela perdure, ça va être catastrophique. Il va être difficile de faire face aux dettes qui ont été contractées.

Parlez-nous concrètement des problématiques liées à la crise sanitaire pour votre entreprise de restauration rapide « Le Moulin » ?

Le Moulin est une entreprise de restauration rapide qui existe depuis 14 ans et emploie 80 personnes. On s'inscrit dans une logique de développement durable. Notre structure est labellisée entreprise solidaire d'utilité sociale (ESUS), elle est reconnue pour ses engagements environnementaux et sociétaux. Au sujet de notre concept, on a une offre qui s'articule autour de la salade composée sur-mesure dans l'état d'esprit des bars à salade mais on fait également des plats cuisinés et des desserts faits maison. On a trois axes de distribution : le premier, c'est la vente en boutique, sur place et à emporter avec la possibilité du click & collect qui était déjà mis en place chez nous depuis assez longtemps. En temps normal, cela représente 25 % de notre chiffre d'affaires. Notre deuxième axe, c'est un modèle innovant de livraison, aux pieds des bureaux, avec des tricycles à assistance électrique ou des véhicules électriques. Cette activité représente 60 % de notre CA. Elle est fortement impactée par le télétravail. Enfin, notre troisième axe, c'est l'activité traiteur-événementiel sur du BtoB qui représente 15 % de notre CA.

On a une solidité et pérennité qui est avérée. Pour en revenir à notre situation actuelle, on a alerté, début octobre, différentes institutions : la banque CIC, Rhône-Développement Initiative, la Métropole, la ville de Lyon et la Région. En leur disant : attention, on ne peut pas prétendre aux aides, on contracte de la dette dans des proportions énormes et que, fin décembre, on ne tiendra pas. En parallèle, on s'est rapprochés de notre acteur bancaire principal, le CIC d'Ecully (Rhône), qui a 90 % de nos flux, pour leur dire qu'on avait besoin d'un deuxième PGE (prêt garanti par l’État). Dans le cadre du premier PGE (240 000 euros), ils n'avaient pas voulu suivre sur le montant qu'on demandait en nous disant qu'il n'y aurait aucun problème pour un deuxième PGE. Et au bout de deux mois, après notre demande, on a obtenu un refus de leur part et sans aucune alternative sachant qu'ils étaient les seuls qu'on avait sollicité et, qu'à fin décembre, on ne pouvait pas payer nos factures et nos collaborateurs. Depuis le début de la crise, mois après mois, on accumule 50 000 euros de déficits parce qu'on est une grosse structure, notre chiffre d'affaires a été très impacté et il y a des fluctuations en fonction des périodes et des nouvelles annonces. On a déjà perdu 450 000 euros, alors qu'on avait un peu plus de 200 000 euros de trésorerie.

Bar à salade Le Moulin à Lyon / © Le Moulin

Malgré ces difficultés, certains vont vous rétorquer qu'il y a une crise sanitaire, des gens qui meurent tous les jours du virus. En somme, il fallait bien prendre des mesures pour protéger la santé des Français…

Je l'entends tout à fait. Mais s'interroger sur les mesures prises ne veut pas dire de ne pas prendre en compte la crise sanitaire. En revanche, dans certaines décisions qui déciment le tissu économique particulièrement les petits commerces de proximité, les conséquences de ces décisions sont désastreuses. Elles auront un impact, au-delà de la dimension économique, sur des aspects sociaux. Un certain nombre de ces mesures n'ont pas une efficacité avérée mais elles ont des conséquences avérées. En respectant les gestes barrières, le port du masque… On devrait pouvoir maintenir nos activités. Il me semble important de dire qu'il faut bien dissocier les annonces gouvernementales au niveau des aides et l'impression que ça donne avec la réalité que vivent les entrepreneurs et les entreprises. Il y a un réel décalage.

Allez-vous devoir mettre la clef sous la porte ?

Là où le CIC a mis deux mois pour nous répondre négativement et n'ouvrir zéro option, la banque de Savoie nous a donné un pré-accord en cinq jours pour un PGE de 240 000 euros. On n'a pas encore l'argent sur le compte mais cela devrait se faire dans les prochains jours. Cela va nous sauver l'urgence. Maintenant, l'enjeu pour nous va être de trouver des solutions plus à moyen terme afin d'avoir un peu de visibilité. On va essayer de sécuriser et trouver de l'aide réelle financière pour que la dette qu'on va accumuler ne soit pas trop conséquente demain. Depuis le début de cette crise sanitaire, on a fait le choix de rester ouvert en supportant 40 % de notre masse salariale en la finançant sur notre activité au lieu tout fermer et mettre tout le monde au chômage. Vous savez, les dirigeants des entreprises sont des gens responsables qui se posent des questions sur le bien commun et l'intérêt général.

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