Bruno Lina, virologue © AFP

Coronavirus : les variants représentent 14 % des cas positifs en France, selon le Professeur lyonnais Bruno Lina

D'après les dernières enquêtes, les variants continuent leur progression en France. A Lyon ce mercredi, le Professeur lyonnais Bruno Lina, membre du conseil scientifique, qui pilote des études flash sur le taux de pénétration des variants, et notamment du plus contagieux variant anglais, fait le point : "les taux de pénétration de ce variant sont aux alentours de 14 % en France. Avec des disparités régionales, en sachant qu'il y en a plus en Ile-de-France. Auvergne-Rhône-Alpes est dans la moyenne basse, environ 10 %". "Les Français m'épatent", ajoute-t-il. Interview.

Bruno Lina est membre du conseil scientifique. Virologue aux HCL (Hospices civils de Lyon), il est rattaché à l’hôpital de la Croix-Rousse. Il est directeur du centre national de référence des virus infectieux respiratoires à l’hôpital de la Croix-Rousse. C'est un peu le "Monsieur covid-19" à Lyon. Ces derniers jours, il a piloté des études flash sur le taux de pénétration du fameux variant britannique en France, un variant plus contagieux que le virus actuel.

Depuis un centre éphémère de dépistage, ouvert ce mardi et ce mercredi à la salle de la maison des fêtes et des familles à La Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon, le Professeur Lina fait le point sur la progression des variants en France.

Professeur Lina, quel est le taux de pénétration du variant anglais et des autres variants en France aujourd'hui ?

BRUNO LINA. Il y a plusieurs variants. Actuellement, on a un variant qui nous prend beaucoup de temps, le variant britannique, mais on a aussi un variant qui vient d'Afrique du Sud et un autre variant du Brésil, et potentiellement un autre qui vient des Etats-Unis. Sur ces variants, leur moment d'arrivée sur le territoire français n'est pas le même. Pour comprendre l'impact de ce variant, qui est plus transmissible que le virus classique, il faut voir si dans la situation dans laquelle on est actuellement, on a un risque de reprise épidémique majeure à cause de l'introduction de ce variant. En fonction, aussi, de la rapidité de la pénétration de ce variant, ou pas.

Clairement, aujourd'hui, les données qu'on a nous disent qu'on est sur une espèce de ligne de crête. Une ligne très difficile à analyser pour être certain de dire : "la semaine prochaine, on est sûr que ça va partir en vrille" ou inversement "on est sûr qu'il se passera rien".

On a besoin de collecter des informations. D'où l'intérêt des enquêtes, des études flash. Une première a été faite les 7-8 janvier. Une autre mercredi dernier (le 27 janvier). On commence à avoir des données suffisamment précises. On a eu une augmentation de la circulation de ces variants, une augmentation qui n'est pas explosive comme on a pu le voir en Irlande ou au Portugal. Mais qui est linéaire et continue.

Les taux de pénétration de ce variant sont ce qu'on attendait en terme de dynamique normale de l'évolution de ce variant. On est aux alentours de 14 % en France. Avec des disparités régionales, en sachant qu'il y en a plus en Ile-de-France. Auvergne-Rhône-Alpes est dans la moyenne basse, environ 10 %.

On a encore une étape de séquençage, en cours, qui va prendre un peu de temps. On a en gros 800 ou 900 virus à séquencer pour voir lesquels sont majoritaires. Très clairement, le britannique est majoritaire. Mais on veut savoir à quel point les variants sud-africains et brésiliens sont présents. En sachant qu'on sait que le variant sud-africain est présent en France, on sait que le variant brésilien est présent en France. Mais on ne connaît pas leur dynamique respective d'évolution. Ce que l'on sait, c'est que le variant britannique représente actuellement plus de 90 % de ces variants.

Faut-il empêcher les gens de partir en vacances lors des vacances de février ?

Les vacances de Noël, on a été prudents. Il n'y a pas eu d'effet Noël et Nouvel An. Ce qui est une bonne chose. Il y a eu une très bonne adhésion de la population. Plus on applique les mesures, plus on a du temps devant nous pour gérer l'épidémie. Si les vacances de février sont gérées comme les vacances de Noël par l'ensemble de la population, on aura les mêmes résultats.

Trouvez-vous les Français sérieux et disciplinés ?

Les Français m'épatent. Globalement, on parle souvent des Français ronchons. Mais le travail de pédagogie passe. Des habitudes ont été prises, de bonnes habitudes qui permettent de freiner la diffusion de ce virus. Collectivement, on est capable de comprendre qu'il faut faire face ensemble, avec un virus qui diffuse de personne à personne, qu'on est tous potentiellement des maillons de transmission et que chaque action individuelle va finalement protéger la collectivité.

Par rapport aux mesures barrières et d'hygiène, les Français jouent le jeu. Par rapport à l'isolement, quand il y a des cas suspects, ce n'est pas parfait mais c'est mieux. Par rapport au couvre-feu, je trouve que les Français jouent le jeu. Il y a un comportement collectif plutôt bon et qui nous permet aujourd'hui d'avoir un certain nombre de choses qui sont des spécificités françaises comme les classes ouvertes. Il y a tellement de pays qui ont leurs écoles fermées.

C'est important à un moment où on parle beaucoup du vaccin de rappeler à la population qu'il faut encore aller se faire tester ?

On comprend bien qu'il y a parfois une logique d'évitement du test. C'est très simple, quand vous êtes testé et que vous êtes positif, vous devez rester chez vous une semaine. Et finalement, si vous n'êtes pas testé, si personne ne vous dit que vous êtes positif, même si vous avez des symptômes, vous gérer ça tout seul. C'est toute la difficulté de ce dépistage. Ce que certains ne comprennent pas, c'est que quand on est dépisté, il y a un soutien qui peut être apporté. On peut accompagner le moment de l'isolement. Il y a des leviers qui existent. Tout le monde ne le sait pas. Et après, tous ceux qui utilisent ces outils-là en reviennent ravis. Ca permet de passer cette période dans de bonnes conditions et en évitant de transmettre ce virus à d'autres.

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