Une manifestation organisée en soutien à l’Ukraine a eu lieu sur la place Bellecour à Lyon dimanche 27 février.

Crise ukrainienne : "On mène une diplomatie populaire", explique le vice-président de l'association Lyon-Ukraine

L'association Lyon-Ukraine rassemble des expatriés ukrainiens qui organisent des événements culturels pour mieux faire connaître leur pays dans le Rhône. En pleine crise ukrainienne qui oppose les Occidentaux à la Russie, Kostiantyn Achkasov, vice-président de l'association, raconte les inquiétudes des expatriés et le combat mené face à la propagande russe.

Kostiantyn Achkasov partage sa vie entre trois pays, l'Ukraine sa patrie, la France où il habite et les Etats-Unis où est basé son employeur. En pleine crise ukrainienne, qui oppose la Russie de Poutine rassemblant des milliers de soldats à la frontière depuis plusieurs semaines et les Occidentaux soutiens de l'Ukraine, le vice-président de l'association Lyon-Ukraine décrypte très bien, à hauteur de simple citoyen, les enjeux géopolitiques qui secouent l'Est de l'Europe. Sa famille habite à Kharkiv, deuxième plus grande ville du pays située à 30 kilomètres de la frontière russe dans une région toujours aux mains de Kiev, au contraire du Donbass contrôlé en partie par les séparatistes pro-russes. Il travaille depuis Lyon comme chef de projet pour une entreprise américaine Applied Materials, qui fabrique des machines qui produisent des puces électroniques et des écrans.

"Je dirais que les trois-quarts des Ukrainiens veulent rejoindre l'Otan et l'Union européenne. Mais je sais aussi que les Etats-unis font passer leurs propres intérêts avant le bien du monde. Les USA mènent une stratégie d'alliance avec les pays de l'ex bloc soviétique pour avoir une meilleure position face à la Russie. L'Ukraine doit avant tout s'aider elle-même. On ne pourra pas rejoindre l'Otan dans les prochains mois ou les prochaines années", juge Kostiantyn Achkasov. Il bavarde en sirotant un café au comptoir de la cuisine de l'espace de coworking d'où il travaille dans le 7e arrondissement de Lyon.

Une cérémonie de mémoire organisée par l'association Comité Ukraine 33 à Lyon en novembre 2021. Crédit photo : Lyon-Ukraine.

"Si la Russie attaque Kharkiv, la région deviendra une zone de non-droit"

C'est depuis le Rhône que cet Ukrainien de 33 ans suit la crise. Il a évidemment d'abord peur pour sa famille qui habite l'est de l'Ukraine. Dans la région de Kharkiv, certains préparent déjà leurs valises pour rejoindre l'ouest du pays. Quand d'autres citoyens s'entraînent au maniement des armes. "Je suis très inquiet. On aimerait que notre mère puisse déménager dans l'ouest de l'Ukraine en cas de guerre, car elle n'aurait aucune utilité sur le front. Si la Russie attaque Kharkiv, la région deviendra une zone de non-droit comme le Donbass. Cela sera super dangereux. Dans le Donbass, tu peux être viré du jour au lendemain de chez toi. J'espère évidemment qu'il n'y aura pas de guerre, mais je me prépare au pire. Même si les soldats russes semblent se retirer en partie de la frontière ces derniers jours, Poutine ne peut pas laisser voir qu'il a perdu".

Mercredi 16 février, le Kremlin a démenti toute implication dans les cyberattaques qui ont visé la veille plusieurs sites internet militaires officiels ukrainiens et deux banques publiques.


"Notre but est de faire connaître l'histoire de l'Ukraine aux Français pour qu'ils comprennent que nous sommes un pays différent de la Russie. On a notre propre culture"


Loin de la mère-patrie, Kostiantyn Achkasov se mobilise comme il peut avec ses compatriotes expatriés à Lyon. Le 30 janvier, l'association Lyon-Ukraine a organisé une manifestation de soutien à l'indépendance ukrainienne sur la place Bellecour. Une nouvelle mobilisation est prévue ce dimanche 20 février. Une trentaine de personnes s'était rassemblée il y a deux semaines. Plus généralement, son association mène une sorte de soft power entre Saône et Rhône. "J'appelle ça une diplomatie populaire. On n'interagit pas avec de grands hommes politiques, mais on s'adresse aux Rhodaniens. Notre but est de faire connaître l'histoire de l'Ukraine aux Français pour qu'ils comprennent que nous sommes un pays différent de la Russie. On a notre propre culture. La présence de la Russie à l'étranger et à Lyon est assez forte. Il y a des liens depuis le 19ème siècle entre la France et la Russie, alors qu'il n'y a pas du tout le même type de relation avec l'Ukraine".

Une prière pour la paix à l'église Saint-Athanase de Villeurbanne

Lyon-Ukraine organise par exemple des soirées de projections de films ou documentaires réalisés par des Ukrainiens. Une lutte culturelle cruciale pour défaire une propagande russe qui présente l'est de l'Ukraine comme une terre russe. "Dans l'est de l'Ukraine, les Ukrainiens parlent le russe. Mais ça ne veut pas dire que nous sommes Russes. Il y a des Suisses qui parlent le français et pourtant ils ne sont pas Français", sourit Kostiantyn. "Poutine aime les zones grises. Pour nous, il faut donc que ce soit noir ou blanc. Il faut affirmer le soutien à une Ukraine indépendante". Depuis plusieurs semaines, une prière est également dite pour la paix en Ukraine à chaque messe le dimanche à Villeurbanne à l'église dédiée au rite greco-catholique ukrainien.

À Lyon, une autre association nommée Comité Ukraine 33, collabore souvent avec Lyon-Ukraine mais a pour but de faire reconnaître comme un génocide la grande famine orchestrée par Staline en Ukraine en 1932 et 1933.

Kostiantyn, titulaire d'un doctorat en physique de plasma, suivra bientôt la crise ukrainienne d'encore plus loin. Il attend un visa pour partir travailler trois ans aux Etats-Unis. Là-bas, ses collègues de travail s'inquiètent pour sa famille. "Ils me demandent sans cesse si mes proches vont bien", glisse t-il.

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