Edito : orogénie politique

L'éditorial (de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle) du rédacteur en chef de Lyon Capitale

"La poutre travaille encore ". La phrase d'Edouard Philippe, un brin obscure, prononcée après la présidentielle de 2017 pour évoquer la recomposition du paysage politique français n'a jamais eu autant d'écho que pendant cet entre-deux tours.

Ne nous y trompons pas. Le face-à-face du second tour de l'élection présidentielle 2022 n'a rien d'un accident. Tout comme l'a été celui de 2017. En vérité, on assiste à ce qu'on pourrait appeler un processus d'orogénie politique, l'orogénie étant l'étude des mouvements de formation des montagnes.

La bipolarisation historique gauche droite a volé en éclats. Le lent affaissement des deux montagnes qui ont dominé le paysage politique français est aujourd'hui dans sa phase d'effondrement généralisé.

En 2017, le PS s'était déjà écroulé quand LR avait résisté : Benoît Hamon tombait à 6,3% des voix, François Fillon se classait 3e, avec 20% des votes. Cinq ans plus tard, la gauche perd 4,5 points et la droite quasiment 16.

"Toute théorie relative à l'orogénie est conséquemment une théorie de la genèse de certains séismes." écrivait le géophysicien Jean-Pierre Rothé. Ce qui s'est passé au premier tour de cette 12e élection présidentielle de la Ve République n'est ni plus ni moins que la réplique sismique du tremblement de terre de 2017.

Le paysage politique s'est morcelé. En substance, la France a vécu, depuis deux siècles et demi, sur un bugne à bugne républicains laïcs / cathos conservateurs. Politiquement, cela a pris la forme d'un clivage gauche / droite. Aujourd'hui, la société est moins binaire. Elle s'est métamorphosée, "archipelisée", et Jérôme Fourquet, l'auteur du Prix du livre politique 2019, de relever un "nouveau cadastre électoral, façonné par un autre type de clivage de nature socio-économique".

Deux blocs et de multiples fractures culturelles et sociales. Grosso modo (la grille de lecture est un peu schématique), Marine Le Pen polarise les revenus les plus modestes quand Emmanuel Macron séduit la France d'en haut.

Dans cette recomposition politique, Lyon s'est distinguée. Avec 8,97% de voix, Marine Le Pen réalise son plus petit score dans une grande ville française (hors Paris), mais maintient son score de 2017 (8,86%).  C'est sans compter les 7,65% de voix d'Eric Zemmour.

Lyon "laboratoire intellectuel des extrêmes droites françaises" ? (Alain Chevarin, "Lyon est ses extrêmes droites" dans Lyon Capitale) ? Réponse dimanche 24 avril.

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