La famille Tran avec Mayline et Mgr de Germay, l’archevêque de Lyon, ce mercredi 4 mai dans l’église Saint-Polycarpe (Lyon 1) /ET

Église de Lyon : l'histoire de la "miraculée" de Pauline Jaricot

Alors que le diocèse de Lyon se prépare pour la béatification de Pauline Jaricot, la famille Tran a témoigné ce mercredi 4 mai, de la guérison de leur fille attribuée à la bienheureuse lyonnaise. Récit.

Le 22 mai prochain, la Lyonnaise Pauline Jaricot, née en 1799, sera béatifiée à Lyon (Eurexpo). 13 000 personnes du monde entier sont attendues pour cet événement rare dans l'Eglise de Lyon. Pour rappel, Pauline Jaricot est connue sur les cinq continents comme la fondatrice de l’Oeuvre de la Propagation de foi et du Rosaire Vivant. Œuvrant auprès des familles pauvres des ouvriers canuts, elle est une figure importante et populaire de l’Eglise de Lyon. La dernière béatification de Lyonnais remonte à 1997 avec Frédéric Ozanam, et encore avant, en 1986, le père Chevrier.

Un miracle pour être reconnu "bienheureux"

Parmi les conditions pour être reconnu "bienheureux" dans l'Eglise catholique, la reconnaissance d'un "miracle". "Nous préférons parler de "signe" plutôt que de miracle. Ce n'est pas de l'ordre de la preuve absolue. Il y a tout ce qu'il faut pour celui qui veut croire, et tout ce qu'il faut pour celui qui n'y croit pas. La liberté de chacun doit être respectée" insiste Mgr de Germay, l'archevêque de Lyon présent lors du témoignage de la famille Tran.

La fillette de trois ans s'étouffe

Le miracle en question ? C'est l'histoire de la guérison de la petite Mayline Tran. Elle, ainsi que sa famille, étaient présents à l’église Saint-Polycarpe (Lyon 1), ce mercredi 4 mai afin de la partager. Deuxième enfant d'un couple de restaurateurs, la petite fille alors âgée de 3 ans s'est étouffée en ingérant une saucisse alors que ses parents étaient en plein déménagement entre le Beaujolais et la région niçoise en 2012.


"Les médecins nous convoquent afin de planifier un projet de fin de vie pour Mayline"


"Elle ne respirait plus. Je lui ai donc fait un massage cardiaque mais impossible de la stabiliser" retrace Emmanuel, le père de Mayline. Arrivée à l'hôpital à Lyon, la petite fait plusieurs arrêts cardiaques pendant la nuit. "A ce moment-là, tout s'écroule autour de nous" explicite la famille.

Un "projet de fin de vie" enclenché par les médecins

Le père de la jeune fille qui a aujourd'hui 13 ans, poursuit : "On nous explique que son cerveau a énormément souffert, qu'il peut cesser de fonctionner, et qu'elle ne va plus être capable de gérer son corps". Une catastrophe qui se prolonge : "Les médecins nous convoquent afin de planifier un projet de fin de vie pour Mayline. On nous annonce aussi qu'elle n'aura plus aucun soin et on nous demande d'arrêter son alimentation puisque cela faisait aussi partie des soins" se rappelle Emmanuel. Autrement dit, les médecins condamnent le sort de la petite en la débranchant, celle-ci ne pouvant être sauvée avec les technologies connues.

Une neuvaine avec une intercession de Pauline Jaricot

En parallèle, une mère de famille de l'école des enfants, Cour Diot, propose aux parents de Mayline de faire une neuvaine avec une intercession à Pauline Jaricot. Pour mémoire, une neuvaine est une courte prière effectuée pendant neuf jours d'affilés, souvent sous le patronage d'une figure de l'Eglise, comme Pauline Jaricot, afin qu'elle intercède en faveur d'une demande particulière.


"Je ne connaissais pas Pauline Jaricot. Nous avons donc fait cette neuvaine comme un ultime espoir pour que l'action de Dieu guérisse notre fille."


"Mon épouse est croyante, moi, je l'étais à ma manière mais je n'allais pas particulièrement à la messe. Surtout je ne connaissais pas Pauline Jaricot. Nous avons donc fait cette neuvaine comme un ultime espoir pour que l'action de Dieu guérisse notre fille. Nous ne savions pas ce qu'il allait en ressortir" explique Emmanuel. Dans les faits, des chaînes de prières se créent et le cas de Mayline devient une intention de prières dans plusieurs paroisses dans la région mais aussi ailleurs par les réseaux de prières.

Les premiers signes de la guérison

Le père se souvient de sa fille, les yeux ouverts, vides et semblant ne pas avoir de vie. "C'est lorsque Mayline a été transférée à l'hôpital de Nice que tout a été différent. Pour être précis, c'est lorsque nous l'avons revue après sont transfert. Son regard n'était plus le même, elle paraissait revenir à elle. A partir de ce moment-là, le corps médical nous dit qu'elle ne pourra bouger que les yeux toute sa vie, et qu'aucune communication n'était possible du fait de son état cérébral. De notre côté, nous ne cessions pas d'espérer une amélioration". De fait, à ce stade Nathalie, la mère de Mayline, avait déjà l'intuition de la progressive guérison de sa fille, "mais nous n'avions pas de certitude".

Et de rapides progrès

Un espoir fou, mais qui ne fut pas vain puisque Mayline, quelques temps plus tard, alors qu'un médecin entrait dans la chambre avec ses parents, a prononcé le mot "Maman". "Nous n'en revenions pas. Ces progrès furent ensuite très rapide : elle pu se tenir assise, puis debout, et enfin marcher" relate Emmanuel avec émotion, avant de souligner : "nous avions déjà notre vision du miracle bien avant la reconnaissance par l'Eglise". Aucun médecin, malgré plusieurs enquêtes tant par l'Eglise que par les spécialistes scientifiques, n'est parvenu à expliquer ce rétablissement spectaculaire.

Enquête et reconnaissance de l'Eglise

Alors que la vie de la petite reprenait son cours, la nouvelle de sa guérison atteint le diocèse de Lyon sans que les parents ne communiquent plus qu'en parlant aux personnes qui avaient prié pour Mayline. Rapidement, se lance le procès en béatification de Pauline Jaricot avec de nombreuses procédures, des interrogatoires, des enquêtes afin de connaître véritablement la vie de la Lyonnaise et de son - possible - miracle à ce stade des recherches. "Nous sommes des gens normaux, à l'origine nous ne voulions pas parler surtout pour protéger notre fille. Nous ne voulions pas qu'on la traite de folle" pose la famille Tran qui a fourni tous les documents attestant du probable décès de leur fille au moment le plus critique. Une documentation qui est remontée jusqu'aux bureaux du Saint-Siège qui l'a ajouté au dossier de Pauline Jaricot, jusqu'à l'annonce par le pape François de la béatification de la fille de soyeux en mai 2020.


"Nous sommes des gens normaux, à l'origine nous ne voulions pas parler surtout pour protéger notre fille. Nous ne voulions pas qu'on la traite de folle"


Depuis cette guérison, Emmanuel Tran n'oublie pas Pauline Jaricot : " j’adresse toutes mes prières à Pauline Jaricot. Avant j’invoquais son aide, maintenant je la remercie". La petite Mayline, a ses côtés pendant la conférence, semble s'amuser de la narration de son père. "Je parle de tout cela aussi parce que je pense que les gens, croyants ou non, ont besoin d'entendre un message d'amour. Je pense que ce qui nous est arrivé peut arriver à tous. Tout le monde peut bénéficier de l'amour de Dieu et de ses cadeaux" affirme Emmanuel qui a aussi publié un livre racontant plus en détail cette épreuve douloureuse au dénouement heureux.

Pour aller plus loin sur ce sujet, le témoignage d'une descendante de la famille de Pauline Jaricot :

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