Grandes surfaces lyonnaises, les prix flambent

Nous sommes allés faire nos courses dans différentes enseignes. Premiers touchés par la flambée des matières premières agricoles : les produits premier prix. Constat : le hard-discount a du mal à tenir ses prix et ce sont chez ces enseignes qu'on trouve les plus fortes hausses.

Depuis la rentrée, les producteurs annoncent une hausse imminente des prix de l'alimentaire. Le géant du camembert Lactalis envisage une hausse de 15 % de ses prix de vente à la grande distribution en décembre. Quant au groupe Danone, il prévoit une hausse moyenne de 10,48 % à la fin novembre. Ces tarifs ne faisant, selon ces industriels, que répercuter la flambée des prix des matières premières agricoles.
Comme nous le montre notre enquête, les différentes enseignes de la grande distribution n'ont pas attendu cette augmentation des prix des producteurs pour faire valser les étiquettes : +15,35 % d'augmentation en moyenne entre novembre 2005 et novembre 2007. On est loin du niveau "historiquement bas" d'une inflation à 1,6 % par an, affiché par les statisticiens de l'Insee. Cette flambée des prix touche essentiellement les tarifs premiers prix et les marques distributeurs qui font les frais de marges réduites. Conséquence : dans les 7 enseignes que nous avons visitées, les spaghetti grimpent de 16,7 %, le beurre de 26,2 %, les yaourts de 77,2 % et le jambon blanc de 18,3 %.
Cette inflation digne de pays sous-développés s'explique. Tout d'abord par l'envolée des matières premières agricoles sous l'effet de trois facteurs : l'augmentation de la demande dans les pays émergents (Chine et Inde), la sécheresse chez les gros producteurs de blé (Australie et Nouvelle-Zélande) et enfin l'essor des biocarburants. Mais comme l'a récemment pointé la Commission Attali*, ces causes conjoncturelles ne doivent pas faire oublier les effets inflationnistes liés à la volonté insatiable des groupes de la grande distribution d'augmenter leur marges "avant" et surtout "arrière" (lire entretien). Résultat : ce sont les consommateurs qui permettent à des groupes tels que Carrefour d'augmenter de 58 % ses bénéfices (entre 2005 et 2006) pour atteindre les 2,2 milliards d'euros. Notre secrétaire d'Etat à la consommation Luc Chatel devrait avoir cela en tête au moment de présenter son projet de loi sur les prix. Il serait peut-être temps de faire payer la facture aux grandes surfaces et non aux consommateurs et aux producteurs.

*Rapport intitulé "Premières propositions sur le pouvoir d'achat" daté du 12 octobre 2007.

Test : Monoprix moins cher que ED sur les 1er prix !

Pour savoir quelles sont les enseignes qui ont le plus augmenté leurs prix, nous sommes allés faire nos courses dans les magasins où nous avions déjà fait un relevé de prix il y a exactement deux ans, en novembre 2005. A chaque fois, nous avons choisi les premiers prix. Résultat : un écart de 8,61 euros entre le moins cher, Auchan, et le plus cher, ED. En d'autres termes, le discounter ED est 41 % plus cher qu'un hypermarché classique. C'est même un peu plus onéreux que l'enseigne "bobo" Monoprix ! Quant au caddie moyen, il vaut 25,86 euros, soit une flambée de 15,34 % par rapport à 2005.

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Pierre-Yves Gomez © Antoine Merlet
Pierre-Yves Gomez est économiste, essayiste et professeur à l’EM Lyon, où il dirige l’Institut français de gouvernement des entreprises. Dans L’Esprit malin du capitalisme (Desclée de Brouwer, 2019), il montre comment le capitalisme s’approprie tous les aspects de notre existence et dans quelle mesure il influence nos modes de vie. Entretien.

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