Mickaël Paccaud, l’adjoint au maire à la sécurité de la ville de Mions, vérifie les marchandises à destination de la Pologne.

Guerre en Ukraine : à Mions, trois camions partent pour la Pologne et un vent d'espoir se lève

Plusieurs communes du Grand Lyon ont collecté des tonnes de marchandises et de matériel pour en faire don à la population ukrainienne. Vendredi 11 mars en matinée, des bénévoles chargeaient à Mions trois semi-remorques qui partiront lundi pour la Pologne. Reportage.

"Le vent se lève, il faut tenter de vivre". Dans les bourrasques qui soufflaient vendredi 11 mars sur Mions, dans le sud-est de la métropole lyonnaise, on entendait presque siffler cette citation du poète Paul Valéry.

En milieu de matinée, plusieurs habitants miolands et salariés de l'entreprise Multi transports, basée à Marennes dans le Rhône, chargeaient 35 palettes de marchandises dans trois semi-remorques en partance pour la Pologne. Dans les dizaines de cartons déposés dans les entrailles des poids lourds, il y avait pêle-mêle du matériel médical de premier secours, des piles, des couches et du lait en poudre pour bébé, des conserves et des sachets de pâtes, mais aussi des vêtements chauds pour l'hiver. Ces tonnes de biens ont été collectées par plusieurs communes du Grand Lyon (Caluire-et-Cuire, Meyzieu, Oullins, Bron, Saint-Genis-Laval, Pierre-Bénite) à l'appel de la ville de Mions qui a lancé cette initiative solidaire.

La ville de Caluire-et-Cuire a participé à la collecte de dons. C.Belsoeur / Lyon Capitale

Les trois camions prendront la route lundi matin pour rejoindre la ville d'Oswiecim dans le sud de la Pologne à trois heures de voiture de la frontière ukrainienne. Une infirmière libérale polonaise installée à Mions depuis 16 ans a fait le lien avec sa ville natale. Agata était présente vendredi matin pour le chargement des camions et revient tout juste de Pologne où elle a constaté l'afflux massif et dramatique de réfugiés ukrainiens.


"J'ai vu des mamans polonaises déposer des poussettes pour les bébés ukrainiens"


"Il y a vraiment un afflux énorme de gens. Il y a des vieillards, des femmes et des enfants qui arrivent à flux tendu dans les gares polonaises. À Cracovie, je les ai vu attendre dans le grand hall de la gare. Ils attendent des informations pour partir en bus ailleurs en Pologne. Les villes polonaises distribuent des aliments faciles à manger à destination des réfugiés. J'ai aussi vu des mamans polonaises déposer des poussettes pour les bébés ukrainiens. Les réfugiés se débarrassent souvent de tous leurs bagages pour arriver en Pologne", témoigne Agata.

Infirmière libérale d'origine polonaise, Agata est installée à Mions depuis 16 ans. C.Belsoeur / Lyon Capitale

Cette infirmière a été marquée par le silence qui règne parmi les groupes de réfugiés. "Les gens sont dans une torpeur. Il y a quelque chose d'impalpable. Ils ne pleurent pas, ils sont vidés. Il y a un silence pesant". Agata a aussi été marquée par l'élan de générosité des Miolands. "Cela m'aide à affronter ce que j'ai vu".


"Le maire m'a demandé si on pouvait aller jusqu'en Ukraine. J'ai dit non."


C'est Gaël Le Roch, le patron de l'antenne de Marennes du groupe Multi transports, qui a soufflé au maire de Mions Claude Cohen l'idée de monter une collecte en faveur de l'Ukraine. "Tous mes gars ont levé le bras pour être volontaire", dit Gaël Le Roch à propos de ses employés quand il leur a soumis l'idée de rouler jusqu'en Pologne. "C'est Gaël qui m'a appelé un samedi pour me dire : "et si on faisait quelque chose pour l'Ukraine ?"", raconte le maire Claude Cohen. Après avoir posté un message sur son compte Facebook personne, l'édile a eu la surprise de voir une énorme vague de messages affluer. "On a ouvert un local le lendemain matin le dimanche à 9h. À 12h, on n'avait déjà plus de place tellement il y avait de dons", poursuit l'élu.

Ensuite, d'autres communes se sont jointes au mouvement. "De se mettre tous ensemble avec d'autres mairies, ça a été plus efficient. On a aussi pu réduire nos coûts", glisse Mickaël Paccaud, l'adjoint à la sécurité de la ville de Mions. L'entreprise Multi transports a accepté de prendre à sa charge deux camions. Les frais du troisième seront réglés par Mions. Le patron de l'entreprise de Marennes a posé une seule condition : "le maire m'a demandé si on pouvait aller jusqu'en Ukraine. J'ai dit non, c'est trop dangereux". Il a sélectionné ses routiers les plus expérimentés pour cette mission.

 

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