Thierry Lepaon
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Lepaon joue son va-tout

Thierry Lepaon va enfin être fixé sur son sort. Éclaboussé par les révélations du Canard enchaîné fin octobre sur son train de vie, le secrétaire général de la CGT, en poste depuis bientôt deux ans à la tête de la première centrale syndicale du pays, pourrait être révoqué.

La direction élargie de la CGT se réunit à partir de ce mardi 6 janvier et jusqu’à demain, mercredi 7 janvier, pour discuter du sort de son numéro 1. Elle doit transmettre ses propositions de sortie de crise au parlement de la CGT, qui se prononcera à son tour le 13 janvier. L’occasion pour Sud Radio de revenir sur un feuilleton médiatique qui dure depuis plus de deux mois.

Ce qui est reproché à Lepaon

Tout remonte à la fin octobre, lorsque Le Canard Enchaîné révèle le montant des travaux de rénovation de l’appartement de fonction du numéro 1 de la CGT. 105 000 euros ont été dépensés par la centrale syndicale (le syndicat des ouvriers) pour rénover l’appartement de fonction de son numéro 1 en mars 2013.

Un appartement de 79 m2 à Vincennes près de Paris a ainsi été refait à neuf peu de temps avant son arrivée. Il avait pourtant été rafraîchi peu de temps auparavant. De l’argent a été gaspillé, estiment les militants.

Son bureau également, au siège de la CGT à Montreuil, a été refait à neuf, pour un montant de 62 000 euros. Enfin, Thierry Lepaon aurait perçu des indemnités de départ de 31 000 euros, versées par la CGT de Basse-Normandie lorsqu’il a quitté ses fonctions régionales pour prendre la tête de la CGT nationale en mars 2013.

Le secrétaire général se défend

Concernant ses indemnités de départ de Basse-Normandie, Thierry Lepaon affirme qu’il s’agit d’une "pratique courante" de la centrale pour compléter les salaires de ses cadres. Pour ce qui est de son appartement de fonction, ce n’est pas lui qui aurait demandé à le rénover, il s’agirait d’une décision collective. Enfin, pour la rénovation de son bureau, elle est intervenue dans le cadre de celle plus générale du siège de la CGT À Montreuil, précise-t-il.

Thierry Lepaon ne veut pas être jugé responsable de ces décisions comptables, et d’ailleurs le trésorier de l’époque, qui a ordonné les travaux en question, a déjà démissionné, mais cela n’a pas suffi à calmer les esprits – ni celui de Lepaon, qui se dit victime d’une machination, ni ceux de ses opposants, qui s’acharnent.

Contexte explosif à la CGT

En interne, personne ne s’étonne qu’un corbeau ait décidé d’envoyer des documents comptables précisant le montant des travaux réalisés au profit du secrétaire général, au moment même où celui-ci venait d’annoncer, dans le journal Le Monde daté du 9 octobre, son intention de se représenter à la tête du syndicat aux prochaines élections, en 2016. On n’aurait pas pu mieux faire si on avait voulu lui nuire.

Les chapelles s’affrontent à la GCT, entre les communistes et les proches de l’ancien secrétaire national du PCF, Robert Hue. Face à ces querelles internes, les mêmes qu’à l’époque de Bernard Thibault, dont la succession avait été calamiteuse, rien n’a changé et la guerre de succession a commencé.

Les ultras sont vent debout et souhaitent ardemment faire couler le navire pour radicaliser la centrale. Les conservateurs, eux, s’attachent à leurs sièges. Lepaon jouera son va-tout ces deux jours. Il veut proposer la démission du bureau confédéral, qui a dysfonctionné, selon lui, en validant sans aucun processus de transparence les travaux qui lui sont reprochés.

Ses opposants, eux, feront tout pour obtenir sa tête. Si tel était le cas, un congrès extraordinaire pourrait avoir lieu de manière anticipée avant octobre 2016, la date normalement prévue pour le prochain congrès de la CGT.

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