Les dommages collatéraux de la guerre contre la pauvreté

Aujourd'hui, la nounou demande à quitter son immeuble vétuste mais elle peine à se faire entendre.

Après un divorce difficile, cette mère algérienne et ses cinq enfants se sont retrouvés sans ressources. Ils ont passé trois jours dans un foyer avant que la préfecture ne les confie à Habitat et Humanisme. Les bénévoles de l'association fondée par le père Bernard Devert lui ont trouvé un appartement rue Raymond, à deux pas du boulevard de la Croix-Rousse.

Aujourd'hui l'immeuble dans lequel vit Djahida est à la limite de l'insalubrité. Depuis plus d'un an, le bâtiment qui jouxte son appartement est en travaux. Les marteaux piqueurs attaquent le béton à moins de deux mètres de ses fenêtres. La journée, impossible de rester dans l'appartement avec des enfants. Un problème insoluble pour cette assistante maternelle. Djahida craint pour la sécurité de sa famille et des enfants qui lui sont confiés. " Plusieurs de mes vitres ont été cassée à cause des secousses " affirme-t-elle. Par deux fois les pelleteuses ont arraché une canalisation de gaz, provoquant l'évacuation de l'immeuble. Elle redoute de ne plus pouvoir exercer son métier. Elle est à bout : " Je ne dors plus la nuit " confie-t-elle.

Solidaire de leur nounou, les mamans se sont mobilisées pour sortir Djahida de cette situation. Elles ont d'abord interpellé Habitat et Humanisme pour demander son relogement. Sans succès. Puis elles ont contacté le promoteur des travaux, l'association " La Pierre angulaire ", dirigée elle aussi par le père Devert. " Ils ont commencé les travaux avant de reloger les gens. Ils ont mis la charrue avant les bœufs " s'emporte Christel Chabert, une maman mécontente. Sa requête : l'arrêt immédiat des travaux jusqu'à ce que sa nounou soit relogée. En attendant, elle retire la garde de son enfant à Djahida par souci de sécurité, mais continue de la payer.

Le projet a dix-huit mois de retard. Un arrêt des travaux entraînerait des coûts supplémentaires insupportables pour le promoteur associatif. Le dossier n'avançait pas et la rancœur enflait à l'égard du père Devert, que les mamans qualifient de " godzilla avec une auréole. " Christel Chabert a décidé d'utiliser ses relations professionnelles à France 3. Elle a alerté la presse pour mettre Bernard Devert sous pression.

Aujourd'hui les travaux de démolition sont stoppés et une solution semble avoir été trouvée. Interpellé par Lyon Capitale, le père Devert assure que Djahida sera relogée aux alentours du 20 décembre et produit une copie d'un compromis de vente. " On a signé un compromis d'un montant de 350 000 euros pour un appartement de 115m². C'est un effort considérable pour l'association d'acquérir un appartement dans un quartier si prisé. Ce sera un beau cadeau pour Noël. " Christian Bel-Latour, responsable du département " habitat " de l'association, souligne le caractère exceptionnel de ce relogement. Du fait du métier de Djahida, l'association a du acheté un nouvel appartement. Pour comparer, il évalue le coût du relogement les deux familles voisines de Djahida à 3500 euros chacune. Elles ont emménagé dans logement appartenant déjà à Habitat et Humanisme.

Djahida reste sceptique. Pour l'heure, Habitat et Humanisme ne lui a transmis aucune information. Après avoir pris connaissance du document elle reste sceptique : " J'ai signé plusieurs papiers sans que cela n'aboutisse. J'aurais du être relogé le 30 novembre mais rien n'a été fait. J'y croirais quand j'aurai déménagé. " Affaire à suivre...

Alexandre Moncayo

à lire également
La baisse des aides à la construction d’un côté et le manque de logements sociaux de l’autre obligent les bailleurs à trouver de nouvelles stratégies de production. Avec la flambée du prix du foncier, la ville de Lyon est pionnière en la matière. Son nouvel exécutif métropolitain a promis un effort important alors que le délai moyen d’attente pour les demandeurs oscille entre 15 et 28 mois. Sur un territoire qui accueille 15 000 nouveaux habitants chaque année.
Faire défiler vers le haut