Les éboueurs de Lyon en grève : "déterminés et loin d'être violents"

Ce mardi matin, nous sommes allés à la rencontre des éboueurs de la métropole en grève depuis le 19 mars. Ce collectif "déterminé" est prêt à tenir le temps qu'il faudra, refusant le piège de la violence.

Mardi matin, Gerland vers 8 heures, ils sont une trentaine d'agents de la métropole présents devant l'incinérateur. Lyon Capitale est allé à leur rencontre. Ils ne souhaitent pas s'exprimer individuellement, toutes les déclarations sont faites au nom du collectif. Ouverts au dialogue, ils sont malgré eux le symbole de cette France qui voit son pouvoir d'achat diminuer faute de percevoir un salaire qui permet de suivre l'augmentation des prix.

En grève depuis le 19 mars, le collectif vient d'entrer dans sa deuxième semaine de mobilisation. Au début du mouvement, les agents demandaient une augmentation de 300 euros mensuels. "On est au SMIC, le reste ce sont des primes", lance l'un d'eux. La fin du "fini-parti" a également changé leur quotidien, "Ce sont des frais en plus quand vous avez des enfants par exemple. Avant, vous pouviez les garder quand vous rentriez plus tôt, maintenant, vous devez faire appel à une nounou, ce sont des frais en plus et moins de pouvoir d'achat". "On n'a pas été augmenté depuis plusieurs années", ajoute un autre.

Le salaire fixe au cœur des revendications

C'est bien le salaire fixe qui est au cœur des revendications avec en filigrane des agents qui pensent à leur quotidien, mais aussi à plus tard : "Le métier est difficile, on soulève des tonnes d'ordures tous les jours, on monte et on descend des centaines de fois derrière le camion, le dos, les genoux, les bras, tout trinque. Quand on pense à la rémunération fixe, il y a aussi derrière la retraite qu'on touchera, la sécu en cas de pépin" détaille un des éboueurs, "La métropole met en avant des sommes dans ses propositions, mais englobe des choses comme la mutuelle, on demande juste une augmentation sur la rémunération fixe, pas tout le reste", continue-t-il.

150 euros net d'augmentation

Contactée par Lyon Capitale, la métropole indique avoir proposé une rémunération comprise entre 82 et 159 euros brut mensuels, en fonction des situations de chaque agent, "sans que cela ne concerne la mutuelle ou d'autres choses". Du côté des éboueurs, on rétorque : "On est prêt à arrêter la grève si la métropole nous propose 150 euros net d'augmentation et les mêmes acquis pour tous, même ceux qui sont arrivés il y a deux ans. On a fait le calcul, ça représente 918 000 euros en plus par an pour la métropole". Ils attendent désormais que cette dernière revienne à leur rencontre "avec des éléments concrets". "On se serre la ceinture depuis plusieurs années, s'ils veulent jouer la montre on est prêt à tenir et à continuer de se serrer la ceinture autant de temps que durera la grève", clarifie un agent.

Un mouvement qui part de la base

La défiance face aux syndicats est également forte pour ce collectif parti de la base. Cette mobilisation est au final l'addition de plusieurs cas individuels qui se retrouvent avec un dénominateur commun : le pouvoir d'achat. Les "Gilets oranges" comme ils se surnomment, ne sont pas loin de l'esprit des Gilets jaunes à leurs débuts. Derrière, c'est la peur du décrochage d'une classe moyenne qui n'a plus que le nom, avec le sentiment que les syndicats n'ont pas été là quand les agents en avaient besoin. "La cassure est arrivée lors de la grève de 2012, explique l'un des éboueurs, on n'a plus confiance depuis qu'on n'a pas eu tout ce qu'ils avaient promis".

"Si on nous chasse, on ira sur le rond-point"

Interrogés sur la possibilité qu'ils soient délogés par les policiers, David Kimelfeld ayant saisi le tribunal administratif et le tribunal de grande instance, les agents se montrent sereins : "Si on nous chasse de l'incinérateur, on ira sur le rond-point devant. On ne tombera pas dans le piège de la violence, on a des enfants, des familles". Quant à la possible réquisition évoquée par le président de la métropole, les agents ont déjà une réponse : "Si réquisition il y a, on s'en tiendra aux protocoles ! A ce rythme, il faudra au moins un mois pour nettoyer les villes où les déchets se sont entassés. Si demain la grève est levée, en une semaine, c'est fait". Pour David Kimelfeld, les cartes du temps, de la justice et de la réquisition pourrait donc ne pas avoir les effets escomptés. "On est déterminé et loin d'être violents", lancent les éboueurs. En 2012, la grève avait duré 18 jours.

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