LES PRISONS LYONNAISES SONT EN TRAIN DE CRAQUER ?

Cette décision de Nicolas Sarkozy risque de mettre le feu aux prisons. Particulièrement à Lyon où l'on sait les conditions de détention catastrophiques. Explications.

Nicolas Sarkozy a décidé de ne pas signer le décret de grâces présidentielles. De l'avis de tous (magistrats, personnels pénitentiaires, avocats, anciens détenus), cette position politique risque de rendre explosive la situation des prisons françaises surpeuplées. "C'est une habitude chez tous les prisonniers de calculer sa sortie en prenant en compte les grâces présidentielles, explique Eric Jaillat, ancien détenu, actuel directeur de l'association d'insertion Axes Libres. Même si au cours des années les grâces ont exclu un nombre croissant de détenus, leur suppression risque de mal passer.
Particulièrement dans les maisons d'arrêt lyonnaises, l'été est par nature une période très difficile. Les données du problème sont connues. Que ce soit Saint-Paul/Saint-Joseph (pour les hommes) ou Montluc (pour les femmes), les prisons vétustes sont à la limite de l'insalubrité. Les températures caniculaires qui règnent dans les cellules ajoutées aux odeurs pestilentielles rendent les conditions de détention insupportables. A cela, il faut ajouter l'absence d'activités en cette période estivale et surtout la surpopulation. Trois voire quatre personnes s'entassent dans des cellules de 9 m2. Début juin, on comptait ainsi 794 détenus pour 350 places à Saint-Paul/Saint-Joseph et 54 détenues pour 26 places à Montluc. Une surpopulation carcérale qui a, en plus, tendance a augmenter à partir du printemps en raison de l'anticipation des grâces. "Les grâces collectives ont très certainement une influence sur les juges et les jurés, qui du coup, prononcent des peines à la hausse, analyse l'avocat François Saint-Pierre".
A Lyon, leur suppression risque d'être d'autant plus difficile à supporter pour des détenus qu'ils les considèrent comme des aménagements de peines. Ils savent en effet pertinemment que les juges d'application des peines lyonnais sont plutôt répressifs : "Les grâces présidentielles venaient contrebalancer des conditions drastiques d'accès aux semi-libertés et aux libertés conditionnelles" analyse Julien Ferrand, juge, membre du Syndicat de la magistrature.
Emeutes ?
Les ferments d'une révolte sont réunis. Aura-t-elle lieu ? Pour l'ancien détenu Eric Jaillat, il ne fait aucun doute, "Les prisons vont connaître des émeutes . Ça va très vite. Il suffit de deux/trois leaders qui s'organisent pour prendre les clés des surveillants. En quelques minutes, ils ont ouvert les cellules. Après, il est difficile de ne pas participer au mouvement. Il n'y a plus que les CRS et les équipes d'intervention spéciales (les ERIS) pour reprendre la prison". Le principal syndicat de surveillant, l'UFAP, est persuadé, au contraire, que les prisons lyonnaises connaîtront des "mouvements d'humeur" mais pas de mutineries. "Ce sont des détenus qui refusent de remonter de promenade ou qui cassent leur cellule, précise le secrétaire régional de l'UFAP, Jean-Jacques Deflandre. Il s'agit de mouvements spontanés qui peuvent tourner à l'émeute s'ils sont axés sur un modèle revendicatif. Mais trop de détenus sont habituellement exclues de ces grâces pour que ça prenne de l'ampleur". Le juge Julien Ferrand ne croit pas non plus à des émeutes : "Plus qu'auparavant. Les détenus sont empêtrés dans leurs difficultés personnelles et assommés par les cachets. Je les vois donc mal se révolter". Un autre facteur joue en faveur du calme dans les prisons : la chaleur. Si les températures restent à un niveau automnal, les conditions de détention seront rendues un peu moins insupportables. Mais les tensions peuvent rapidement remonter avec le mercure.
C'est dans les maisons d'arrêt que le risque d'émeute est jugé le plus élevé.
On le comprend. Avec un taux d'occupation de 227 % les prisons lyonnaises, Trois à quatre détenus doivent s'entasser dans 9 m2.

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