"Les universités chinoises sont mieux loties"

Seules des solutions de transition se profilent à l'horizon.

Récemment, le président de l'université Lyon 1 était au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche pour discuter du budget pour les quatre prochaines années de la plus grande université lyonnaise. En jeu notamment : l'octroi d'une enveloppe élargie pour la seule réhabilitation de quatres bâtiments de chimie. Il y a urgence : depuis le 16 février dernier, le président a interdit toute manipulation chimique dans ces bâtiments vétustes, à cause d'un système d'évacuation des vapeurs toxiques défectueux. 440 personnes sont donc privées de leur outil de travail habituel, même si certains ont été progressivement recasés - c'est le cas de l'ensemble des étudiants en master (pour une durée de quatre mois). Mais il reste encore une soixantaine de doctorants et post-docs sur le carreau. "Il faut vite trouver des palliatifs car nos crédits de recherche viennent à 80 % du privé et des fonds européens : il faut qu'on leur prouve qu'on bosse !" souligne un chercheur en chimie organique. "Des solutions devraient être trouvées d'ici avril" assure le président Lionel Collet. L'université travaille désormais sur une hypothèse de réabilitation à court terme estimée à 6 millions d'euros, qui pourrait débuter dès l'automne, et ête menée à bien en trois mois. "Mais nous avons surtout la volonté de trouver une solution à long terme, qui nécessite un investissement de 50 millions d'euros" rappelle Joseph Liéto. L'état de vétusteté est tel que l'université Lyon 1 ne peut plus se contenter d'un bricolage en urgence, d'autant que la santé des étudiants et chercheurs est en cause. Lors du conseil d'administration du 20 mars, l'université vient d'ailleurs de voter la mise en place d'un observatoire de la santé des personnels.

Reportage
Bienvenue dans les années soixante-dix

Bienvenue sur l'un des campus les plus réputés de France, la Doua à Villeurbanne, dans les bâtiments dédiés à l'un des fleurons de la recherche lyonnaise : la chimie. A l'étage grisâtre des laboratoires de chimie organique, datant des années 70, les douches de sécurité, couvertes d'une épaisse couche de poussière, tombent sur de vieux frigos. Les couloirs, dont les faux-plafonds sont tombés, sont encombrés d'étagères. Les armoires de produits chimiques ne sont pas ventilées. Les hottes d'évacuation des vapeurs toxiques sont pour la plupart de vieux modèles en bois aux jointures lâches. Et le stockage des produits se fait dans une inquiétante anarchie, sur des étagères branlantes ou dans des cagettes posées à même le sol... Hallucinant ! Ici, l'interdiction des manipulations chimiques n'a pas surpris. assure Bernard Langlois, responsable d'une unité de recherche en chimie organique. "Ça devait arriver ! Il y a dix ans que les chimistes tirent des sonnettes d'alarme. Avec les précédents présidents, il y a eu une inertie coupable !""On a la foi rivée au corps car on travaille dans des conditions parfaitement déplorables ; on est bien moins lotis que nos collègues chinois ! Et pourtant, les équipes de chimie organique de Lyon ont une renommée nationale et internationale" poursuit le chercheur.

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