POLLUTION DU RHÔNE : LES HOMMES CONTAMINES PAR LES PCB ?

Aucun plan sanitaire n'est, semble-t-il, envisagé. Pourtant, la contamination humaine est évidente.

Dix tonnes. Ce sont les quantités de poissons que Cédric Giroud, pêcheur professionnel lyonnais, a vendu entre 2 000 et 2005, sur les marchés de Grand-Clément à Villeurbanne, des Minguettes à Vénissieux, de Rillieux et de Meyzieu. Brêmes, gardons, poissons-chats, barbeaux et hotus, la plupart de la faune piscicole du Rhône y passait, notamment dans la communauté asiatique (préparation de nuoc man) et africaine.
Y passait parce qu'aujourd'hui, la moindre petite friture ( jusqu'à l'embouchure du fleuve) est interdite de consommation pour cause de pollution*. La contamination aux PCB (des polluants chimiques d'origine industrielle très toxiques) dépasse largement les normes de l'OMS. De quoi poser de sérieux problèmes de santé publique.

"Ils ont nié les conséquences pour les consommateurs"
Devant l'ampleur de la catastrophe, la secrétaire d'Etat à l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, se rend à Lyon mercredi, pour présider le premier comité national de pilotage en la matière. Dans un communiqué envoyé à la presse, on apprend que "la réunion doit permettre de partager et d'améliorer la connaissance actuelle sur le phénomène de pollution, d'informer sur les actions mises en oeuvre par l'Etat et sur les projets de renforcement". Rien, en revanche, sur l'impact sanitaire.

Pourtant, le 3 octobre dernier, lors des "questions au gouvernement" de l'Assemblée nationale, Nathalie Koscisuko-Morizet convenait que "l'on connaît des risques dermatologiques et l'on soupçonne des risques cancérigènes et cardiovasculaires en cas d'exposition chronique".
Autant dire que l'accueil, mercredi à Lyon, devrait être aussi frais que les eaux du Rhône.

D'autant que la pollution ne date pas d'aujourd'hui. Dans un rapport daté de février 1990, l'Inra pointait déjà du doigt le fait que "les services départementaux et régionaux de l'hygiène publique ont tout d'abord contesté le sérieux de l'équipe scientifique (...). Puis ils ont explicitement nié la possibilité de conséquences néfastes pour les consommateurs de poissons du Rhône".

Des doses 40 fois supérieures aux normes
Selon Cédric Giroud, pêcheur professionnel, "certains clients réguliers achetaient jusqu'à 10 kilos par semaine, d'autres me commandaient 300 kilos d'un coup, et si j'avais un silure de 50 kilos, ils le prenaient entier" . Or l'ingestion de 100 grammes du poisson le plus contaminé représente une dose 40 fois supérieure à la dose acceptable quotidiennement.... "Les animaux aquatiques ayant accès aux réservoirs de contamination sédimentaires ont été considérés longtemps comme la plus grosse source de contamination des omnivores" corroborent deux chercheurs, dans l'étude la plus complète publiée à ce jour en France sur les PCB**.

Quelles sont les conséquences sur la santé ? D'après cette même étude, les effets sont multiples : acné chlorique, altération du système immunitaire, effets neuro-comportementaux chez les enfants et, pour les "expositions professionnelles", des cancers de certains tissus, en particulier le foie, le tractus biliaire, l'intestin et la peau.

Situation qui empire, scénario identique

Malgré les nombreux avertissements de la communauté scientifique, les autorités n'ont jamais programmé d'étude épidémiologique. L'information du public est restée limitée. Ce qui rappelle étrangement les propos de l'Inra, il y a 17 ans : "ce problème de pollution de l'environnement et la façon dont il a été traité nous amène à nous interroger sur le système informationnel et décisionnel qui s'installe dans une telle situation".

Aujourd'hui, ce sont peut-être des milliers de lyonnais qui sont contaminés. Vous reprendrez bien un peu de hotu ou de gardon aux PCB ?

* tst.lyoncapitale.fr/index.php?menu=08&article=1757
** "Données récentes sur l'évaluation des dangers liés à la présence de PCB dans l'alimentation". J.-P. Cravedi et J.-F. Narbonne.

Les PCB à l'Assemblée
Mardi 9 octobre, à l'Assemblée nationale, Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, et Michel Vauzelle, président de la région Provence-Apes-Côte-d'Azur, vont déposer une résolution pour la constitution d'une commmission d'enquête sur la pollution du Rhône par les PCB.
Ils souhaitent que soient réalisées une cartographie précise des sites pollués et des mesures de dépollution financées par l'Etat.
Ils demandent aussi que des actions soit dégagées lors du Grenelle de l'environnement.

Appel à témoins
Lyon Capitale lance un appel à toutes les personnes qui, de 1985 à 2005, ont régulièrement consommé des poissons pêchés dans le Rhône, achetés frais sur les marchés lyonnais, principalement ceux de Grand-Clément à Villeurbanne, des Minguettes à Vénissieux, de Rillieux et de Meyzieu.
Les poissons en question sont les poissons-chats, les barbeaux, les brêmes, les hotus, les gardons, les carpes, les chevaines ou les ombles.

Les personnes concernées peuvent s'adresser à guillaume.lamy@lyoncapitale.fr ou au 04 72 98 04 91.

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