Préférer l'égalité des possibles au carcan de la diversité

J'en ai ras le bol de voir réduit à la 'diversité' nombre de citoyennes et de citoyens que l'on enferme dans le carcan de leurs origines ethniques ! Après l'intégration à toutes les sauces, voici que la diversité constitue le mauvais plat que certains souhaitent servir aux électeurs, notamment issus de l'immigration, à l'occasion des élections municipales, comme s'il s'agissait de développer une offre commerciale spécifique aux attentes d'un segment particulier de l'électorat qui resterait à conquérir.

Il faut dire que les élections présidentielles et législatives du printemps dernier ont permis aux grands appareils politiques de tester un nouveau produit médiatique, le quota de la diversité. En mettant parfois en avant l'appartenance de responsables ou de candidats à une minorité plus ou moins visible, les partis ont, semble-t-il sciemment la plupart du temps, stigmatisé des femmes et des hommes pouvant incarner une nouvelle manière de considérer l'engagement dans la vie publique, en les cantonnant dans une fonction péjorative de gadget coloré.

Dans un contexte de dépolitisation généralisée où le marketing pur a souvent pris l'ascendant sur le débat d'idées et l'attachement à des valeurs, le principe de discrimination positive tel qu'appliqué lors des dernières campagnes nationales a contribué à déliter davantage le Pacte républicain et les principes qui y sont associés, en créditant l'idée qu'une transposition de la discrimination positive à l'américaine était envisageable dans notre modèle républicain.

Si l'intention de départ des élites partisanes est potentiellement louable, celle d'avoir une représentation plus exhaustive de la population française, le résultat d'étape est plus qu'inquiétant. Nombre de citoyens se mettent à penser à tort que patronymes et origines sont devenus des équivalents à ce que l'on peut, par opposition aux caractéristiques prétendues minoritaires, définir comme les qualités exigées à un représentant d'une soi-disant majorité sociale, culturelle ou ethnique.

Je suis de ceux qui considèrent que l'origine sociale ou ethnique ne constitue pas un élément valable de différenciation au sein de la communauté de destins que représente la République lorsqu'il s'agit de représenter l'ensemble de nos concitoyens. Tous enfants de France, c'est sur la base des qualités personnelles, de l'engagement citoyen ainsi que de la volonté de chacun à contribuer au bien commun et à participer à la vie de la Cité qu'il faut apprécier la capacité de toutes celles et de tous ceux qui se présentent devant le suffrage universel.

Les élections municipales qui auront lieu en mars 2008 seront lourdes de conséquences suivant l'attitude qu'adopteront les forces politiques en lice. Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins entre une impasse communautariste et une perspective républicaine. Il appartient dès lors aux partis de déterminer leur stratégie en conscience et aux citoyens de trancher le moment venu.

A mon sens, il revient à la Gauche de ne pas transiger avec les valeurs républicaines et de proposer un projet de société où le vivre-ensemble est préféré au 'vivre les uns en face des autres'. Les socialistes doivent tendre vers l'égalité des possibles - une égalité réelle pour tous - dans une société sans discrimination, et refuser catégoriquement le piège communautariste tendu par Nicolas Sarkozy. C'est en tout cas le dessein auquel le citoyen, le militant socialiste et l'élu local que je suis, tenteront de rallier les républicains.
Karim AOU
Conseiller municipal Socialiste de Villeurbanne

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