rue de la République piétons piétonne
Plusieurs rues de Lyon vont être piétonnisées le samedi 5 juin (© Tim Douet)

Quels enjeux d'urbanisme derrière la piétonnisation de Lyon ce samedi ?

Ce samedi 5 juin a lieu la deuxième opération de piétonnisation de certaines rues de Lyon. Pour les écologistes, c'est un galop d'essai d'une politique d'urbanisme plus large.

Intitulée "la voie est libre", la piétonnisation de plusieurs rues de Lyon revient ce samedi 5 juin. Une quarantaine de rue ont été interdites aux véhicules motorisés, pour laisser pleine place aux piétons et aux mobilités douces. Seuls certains véhicules sont autorisés à circuler dans la zone piétonisée, à 5 km/h et selon le sens de circulation indiqué.

Un premier week-end de cette opération avait déjà eu lieu le 26 et 27 septembre 2020. Les premier et deuxième arrondissements avaient été presque entièrement rendus piétons contrairement à cette seconde édition allégée. Mais le week-end pluvieux n'avait pas permis de mesurer pleinement la portée de la piétonnisation. Cette journée plus ensoleillée du 5 juin permettra peut-être de tirer d'autres conclusions.

Une autre façon d'habiter l'espace public ?

L'opération est organisée conjointement par la Ville de Lyon et la Métropole. L'occasion pour les écologistes d'expérimenter de nouveaux usages de l'espace public et penser la reconfiguration écologique de la ville. Les deux collectivités affirment vouloir "mesurer les bienfaits de cette tranquillisation de l'espace public" et "donner l'opportunité aux associations, citoyens et acteurs de la Cité de mettre en place des actions pour animer le territoire apaisé".

L'opération s'inscrit dans un objectif d'urbanisme plus global de Grégory Doucet, maire de Lyon : reconfigurer l'espace public en favorisant les mobilités douces et les piétons. Plusieurs élus de la Ville de Lyon sont attendus dans les rues piétonnisées durant la journée, pour une déambulation.

Les yeux rivés vers le modèle barcelonais

L'édile souhaite s'appuyer sur Barcelone et ses superblocks, mini-quartiers pensés pour réduire la pollution et le bruit. Une volonté qu'il exprimait dans nos colonnes l'été dernier. "D’ici la fin du mandat, nous aurons mis en place le système superblock. Nous allons le déployer de manière progressive en travaillant quartier par quartier", affirmait-il.


"D’ici la fin du mandat, nous aurons mis en place le système superblock. Nous allons le déployer de manière progressive en travaillant quartier par quartier", explique Grégory Doucet, le maire de Lyon.


Les superblocks fonctionnent comme des cellules urbaines, presque comme des petits villages. Le coeur du quartier est partagé par les piétons et les cyclistes, alors que le pourtour du quartier est réservé à la circulation des voitures, qui peuvent pénétrer au sein du quartier par un système de boucles, sans pouvoir le traverser. Idéalement, le stationnement se fait dans des parkings hors de la voie publique.

Ces quartiers visent à deux principaux objectifs : diminuer le bruit en ville, pour ne pas dépasser 65 décibels (l'Organisation Mondiale de la Santé recommande 53 décibels) et diminuer la pollution de l'air, notamment l'azote.

Les incertitudes autour de la piétonnisation

Une question se pose : ce modèle est-il applicable à Lyon, où les quartiers sont multiformes ? Les avis sont divisés selon les spécialistes. Jean-Yves Toussaint, directeur du LabEx IMU, un dispositif pluridisciplinaire centré sur la ville, est mitigé. Pour lui la Ville s'envisage comme "un écosystème", dans une entièreté. "Un petit changement ici peut avoir un impact énorme sur le fonctionnement global", résumait-il.


À Barcelone, il y a déjà des superblocks implantés dans des tissus urbains aux morphologies très différentes", témoigne Salvador Rueda, créateur et planificateur du modèle urbain “superblock"à Barcelone. 


Pour Salvador Rueda, créateur et planificateur du modèle urbain “superblock", il n'y a pas d'obstacles à la mise en place de ce système à Lyon. "Toutes les villes ont des blocs, des rues, des activités économiques, des résidents et des voitures. Le plus important du modèle superblock est qu’il urbanise la voiture. À Barcelone, il y a déjà des superblocks implantés dans des tissus urbains aux morphologies très différentes", détaillait-t-il à Lyon Capitale en septembre.

Reste aussi à savoir si cette piétonnisation et reconfiguration de la Ville ne va pas trop se reporter sur les prix du foncier.

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