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Sami Michael © DR

Queyranne à Jérusalem avec les artisans de la paix

Le président du conseil régional a dîné lundi soir avec les acteurs de la société civile, activistes de la paix à Jérusalem, sur fond de regain de tensions entre Israël et la Palestine. Sami Michael, l’un des écrivains israéliens les plus populaires, figure de proue du mouvement pour la paix, était présent. Récit.

Alors que le torchon brûle entre Israéliens et Palestiniens au Moyen-Orient suite à l'enlèvement en Cisjordanie jeudi dernier de trois jeunes Israéliens, Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional Rhône-Alpes, est arrivé lundi soir à Jérusalem, la Ville Sainte, après 36 heures passées à Tel-Aviv dans les milieux économiques. Il a dîné avec des représentants de la société civile israélienne, parmi les plus éminents défenseurs de la paix avec les Palestiniens.

“Un message fort de paix est plus que jamais nécessaire”

"C'est un événement dramatique qui s'est déroulé en Cisjordanie ces derniers jours, avec l'enlèvement des trois jeunes garçons, nous le savons bien (...) Un message fort de paix est plus que jamais nécessaire comme l’“invocation pour la paix” de Shimon Peres et Mahmoud Abbas auprès du pape il y a quelques jours. Nous sommes venus vous écouter et voir ce que nous pouvons faire afin de mettre un petit caillou sur le chemin de la paix", a commencé le représentant de la région Rhône-Alpes.

Sami Michael, l'un des écrivains israéliens les plus populaires (photo ci-dessus), figure de proue de la paix, a remercié Jean-Jack Queyranne d'être venu en Israël, "au nom de tous les Israéliens" : "Je suis sûr que vous êtes conscient d'être venu alors que l'on assiste ici à une éruption de haine. Vous avez rappelé qu'Israël est une démocratie, mais cette démocratie est en danger. Plus le conflit s'approfondit, plus nous la mettons en danger, et pour l'autre camp la route est aussi semée d'embûches. Mais, pour les gens sains d'esprit, vraiment, vous êtes les bienvenus."

“La révolution arabe ne nous a pas facilité les choses”

Le professeur Meir Zadock, directeur de l'Académie des sciences d'Israël était présent également. Il a expliqué qu'il travaillait en lien avec les pays arabes, notamment grâce au "maintien d'un centre universitaire au Caire pendant la révolution". "Avec les Palestiniens aussi nous avons une coopération qui se poursuit, même si elle est minime." D'un point de vue plus politique, "la révolution arabe ne nous a pas facilité les choses dans les négociations de paix. Il faut qu'une partie tierce soit impliquée dans le dialogue avec les Palestiniens, a estimé Meir Zadock. Mais je m'arrête là, car il vaut mieux agir que de parler", a-t-il terminé, l'air grave.

“Nous oscillons entre l’histoire et le rétrécissement de l’esprit”

Interrogés sur les chances d'arriver à un accord de paix entre Israël et la Palestine, Yossi Yonah, professeur de philosophie à l'université Ben Gourion du Negev, a estimé : "Nous oscillons entre l'histoire et le rétrécissement de l'esprit. La rue est intolérante aujourd'hui en Israël. Elle appelle des gestes forts et, pour se rendre populaire, nos dirigeants politiques lui donnent des gages en engageant de nouvelles constructions dans les colonies. Nous espérons que les forces progressistes vont l'emporter."

"Quand je suis arrivé en Israël, a rappelé Sami Michael, la société était plus jeune et plus idéaliste et il y avait un réel espoir qu'Israël trouve sa place au Moyen-Orient. L'histoire d'Israël, c'est d'ailleurs l'histoire du prix de ce rêve. Mais aujourd'hui, je suis désolé de dire que le fossé qui existe entre Israël et le monde arabe est plus important que quand je suis arrivé en 1949."

“Nos réussites scientifiques trompent le monde”

L'écrivain est revenu sur les réussites scientifiques du pays : "Ce qui s'est développé admirablement, c'est la science, et les réussites identifiées en la matière ne sont comparables à rien d'autre en Israël. Il n'y a que 7 millions d'habitants dans ce pays, mais nous sommes une puissance mondiale pour les nouvelles technologies et cela nous impressionne nous-mêmes, ainsi que les autres pays du monde. Nous avons aussi développé une industrie de dessalement de l'eau grâce à l'eau de mer, et nous n'avons plus besoin de l'eau de pluie – je dis cela d'autant plus facilement que j'ai travaillé 25 ans dans l'hydrologie. Mais toutes ces réussites scientifiques trompent le monde et nous-mêmes."

Sami Michael a terminé sur le creusement des inégalités en Israël, un sujet plus que jamais d'actualité dans le pays, où le revenu médian est seulement de 1 000 euros par mois actuellement, laissant sur le bord de la route de nombreux Israéliens. "Plus nous avons obtenu de succès dans le milieu scientifique et plus le fossé des inégalités, que je qualifierais de criminel, s'est agrandi. Pourtant, le judaïsme a toujours aspiré à développer une société égalitaire. Ainsi, 20 % des enfants israéliens vivent aujourd'hui dans la pauvreté, et le fossé avec le monde arabe ne fait que grandir. Nous sommes aussi une puissance militaire, mais ce n'est pas une garantie de sécurité à long terme. On a vu ce qu'ont donné les puissances militaires dans le monde, en Afrique du Sud et en Russie soviétique en particulier. Donc, il ne suffit pas de dire que nous sommes forts. Si nous ne trouvons pas les moyens de vivre en paix avec les autres, toutes ces belles réalisations dont nous parlons sont en danger."

2 commentaires
  1. garderlesyeuxouverts - mar 17 Juin 14 à 16 h 15

    Le vrai camps de la paix en Israël ce ne sont pas les interlocuteurs de Queyranne. Ce sont ceux qui luttent véritablement contre la colonisation et les crimes israéliens. Queyranne fait de la com alors que son but est l'échange économique avec Israël. La question n'est plus le sempiternel processus de paix qu'Israël ne veut pas mais contraindre cet Etat. La seule solution est le boycott d'Israël tant qu'il ne respecte pas les droits humains et le droit international.

  2. Sylvia_senestre - mer 18 Juin 14 à 17 h 22

    Savoir que les défenseurs de la paix continuent à se battre en Israël redonne un peu d'espoir dans une actualité bien sombre au Moyen-Orient. Continuons à développer le dialogue et préférons l'ouverture à l'ostracisme...

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