TRIPLE INFANTICIDE D'ALBERTVILLE

Elle revient pour Lyon Capitale sur le triple infanticide d'Albertville, découvert le 22 août.

Lyon Capitale : Comment analysez-vous cette affaire de bébés congelés ?
Sophie Marinopoulos : Cela met en avant le fait qu'une grossesse est, à la fois, un processus physiologique et psychique.
Dans les situations d' infanticides, il y a eu soit ce qu'on appelle un déni de grossesse, soit une dénégation. Dans le premier cas, la femme ne prend pas conscience qu'elle est enceinte, comme si la réalité n'existait pas. Le corps suit complètement la psyché et ne se modifie pas, ce qui fait que l'enfant est clandestin. Dans la dénégation, la femme a conscience qu'elle est enceinte mais ne veut pas savoir. Dans les deux cas, il n'y a pas la moindre représentation de l'enfant.

Ce déni de grossesse finit-il invariablement par le meurtre ?
Très souvent. L'enfant va décéder de ne pas avoir été attendu par sa mère. D'un point de vue psychologique, on retrouve bien entendu un ancrage extrêmement précoce dans la relation de ces femmes avec leur propre mère. Le déni n'arrive pas comme ça, c'est un acte qui s'est construit dans la tête de la personne.
Ces femmes ont une négation de leur propre corps, ont peu de sensibilité à leur corps, et sont très souvent insensibles à la douleur. Elles sont complètement verrouillées au niveau du ressenti corporel. C'est par cette espèce de surprise de douleur de l'accouchement et de l'enfantement qu'elles vont "annuler" l'acte, qu'elles vont tuer l'enfant.

Dans la plupart des cas, les enfants morts ne sont jamais très loin...
Oui, car il y a la nécessité pour ces femmes d'être découvertes. La souffrance qu'elles vivent ne se dit pas, mais s'acte jusqu'au meurtre de l'enfant. Mais elles ont envie que ça s'arrête à un moment. D'ailleurs, il n'y a plus de récidive du moment où il y a eu découverte.

Qu'est-ce qui les pousse à congeler leur(s) bébé(s) ?
Le congélateur est utilisé dans 1 situation sur 2, avec l'ensevelissement. Le congélateur a une place importante dans l'infanticide parce que c'est une façon de laisser des traces de l'événement : comment garder la mort vivante au mieux, sinon dans le congélateur. Dans la logique psychologique, l'enfant est conservé - dans le plein sens du terme -, il peut être retrouvé, on peut l'identifier. La répétition fait partie de ce processus. C'est comme un symptôme : tant que vous n'avez pas compris ce qui vous arrivait, vous recommencez.

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