Valérie Pécresse : "La fusion des universités lyonnaises est possible"

Outre le lancement du plus important regroupement d'établissements du supérieur de France, elle en profite pour assurer le service après vente de sa loi sur l'autonomie. Avant son déplacement, elle a accordé un entretien exclusif à Lyon Capitale.

Lyon Capitale : Aucune université française et a fortiori lyonnaise ne se trouve parmi les 50 premières du monde. Comment rivaliser avec les meilleures ?
Valérie Pécresse : Le constat sur l'université française est connu de tous et le remède l'était aussi : la loi sur l'autonomie est attendue depuis 20 ans et elle a été sans cesse repoussée. C'est en donnant des marges de liberté à nos universités qu'elles pourront remonter dans les classements internationaux. J'ajoute que le regroupement volontaire des universités dans des PRES (Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur), comme cela a été le cas à Lyon, donnera plus de visibilité à nos universités et à notre recherche.

Vous avez engagé des réformes importantes dans les universités. A quoi ressembleront-elles dans cinq ans ?
La nouvelle loi va doter nos universités d'un nouveau statut adapté au 21e siècle. Grâce à l'autonomie, l'université française sera plus réactive et aura une capacité d'action plus forte. Elle aura la capacité de recruter plus rapidement les meilleurs professeurs, de créer ses propres formations, mais aussi de mettre en place des fondations universitaires pour lever des fonds, de particuliers ou d'entreprises. L'université de demain aura un mode de fonctionnement plus efficace et sera aussi plus ouverte à la société civile.

Vous venez à Lyon pour inaugurer le PRES. On a l'impression que c'est un "machin" supplémentaire sans grands moyens. Avez-vous pour objectif de fusionner les universités sur le plan local voir régional ?
Il s'agit d'un réel outil de coopération entre les universités, les grandes écoles, les établissements privés qui permet d'identifier le deuxième pôle scientifique français. Délivrer des doctorats ou des masters de l'université de Lyon, signer les publications scientifiques au nom de l'université de Lyon, créer des chaires de l'université de Lyon, bâtir une politique scientifique, construire ensemble, comme cela a été fait des dossiers ambitieux comme ceux des RTRA (Réseau Thématique de Recherche Avancée) et RTRS (Réseau Thématique de Recherche et de Soins), sont autant de moyens de coordonner et de renforcer le potentiel de recherche et de formation du site de Lyon pour atteindre les meilleurs standards internationaux. La fusion des universités lyonnaises est possible mais il reviendra aux trois établissements de la vouloir et de la construire. Si telle est leur volonté je ferai tout pour les aider à la réaliser.

Vous avez fait la loi "sur l'autonomie" mais elle reste très relative comparée à l'autonomie dont bénéficient les grandes universités étrangères. Pourquoi refuser aux universités le droit de fixer, par exemple, les frais d'inscription, les modalités de sélection ?
La loi sur l'autonomie permet à nos universités de disposer d'un mode de fonctionnement comparable aux universités étrangères. Notre réforme donne plus d'autonomie aux universités tout en laissant à l'Etat le rôle de garant et de partenaire de la réforme dans le respect de notre tradition. Les droits d'inscription restent fixés par l'Etat car dans notre modèle les familles apportent une contribution modeste au financement de l'université comparé à l'effort de l'Etat. Et quant à la sélection, je tiens à rappeler que notre problème, ce n'est pas le nombre de bacheliers qui entrent à l'université, mais c'est le taux d'échec en première année. C'est pourquoi nous voulons faire de la première année de licence une année fondamentale, au cours de laquelle les étudiants devront acquérir un socle de connaissances fondamentales : plus de méthode, de culture générale, plus de langues etc....

Par votre loi vous avez initié un rapprochement inédit avec les entreprises. Doivent-elles être associées, au sein des universités, à la définition du contenu des formations ?
Pendant trop longtemps les relations entre les universités et les entreprises étaient sous le signe de la méfiance. Aujourd'hui, les entreprises doivent faire face à un besoin important de cadres. Et les universités se sont ouvertes au monde professionnel et ont compris l'intérêt d'un rapprochement avec les entreprises pour faciliter l'insertion professionnelle des étudiants. La loi autonomie donne aux universités et aux entreprises les moyens de se rapprocher davantage au bénéfice de la réussite des étudiants, comme la mise en place de fondations universitaires va permettre de drainer des fonds privés vers les entreprises.

L'enseignement supérieur est l'un des rares ministères à bénéficier d'une hausse de son budget. Qu'allez-vous faire de cet argent supplémentaire ?
Le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche va augmenter de 1,8 milliards d'euros. Il s'agit d'un effort inédit, conforme aux engagements du Président de la République. Nous allons dépenser au total près de 405 euros de plus par étudiant en 2008. Ce budget va nous permettre d'avoir des universités plus accueillantes avec des campus dignes du XXIème siècle, un système d'aides sociales plus juste et qui sera élargi avec 50 000 boursiers supplémentaires, des moyens pour accompagner l'autonomie des universités, et pour lutter contre l'échec universitaire. Ces moyens sont tous mis au service de la réussite des étudiants.

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