Fayal, portrait d’un jeune migrant par la photographe Laura Henno (Comores, 2017)

Expo à Lyon : ce que la photo donne à voir du monde

La galerie Le Bleu du Ciel fête ses vingt ans d’existence avec La région humaine, le ciel est bleu, une émouvante exposition qui réunit douze artistes engagés dans ce qu’elle défend depuis sa création : la photographie comme un art documentaire.

Conçue par Gilles Verneret, le directeur de la galerie, et l’historien de la photographie Michel Poivert, cette nouvelle exposition est la suite de La région humaine, les corps dans la ville créée en 2006 pour le musée d’Art contemporain de Lyon dans le cadre du festival Lyon Septembre de la photographie.

L’idée était de la compléter en y inscrivant toutes les réflexions qui ont porté le travail de la galerie et de rendre hommage aux photographes ayant accompagné son aventure en invitant des artistes dont l’œuvre est emblématique d’une esthétique animée par une exigence éthique.

Défendre le documentaire social, défendre une pratique qui mêle art conceptuel, critique des valeurs de l’art moderniste et volonté d’action politique ; parler d’êtres humains, faire en sorte que la photo réfléchisse sur son statut, sur ce qu’elle donne à voir au public de l’état du monde ; tel est l’engagement de la galerie depuis sa création. Respectant une parité homme/femme, ponctuée par les textes illustrés de Stan Amand, les œuvres présentées ont été choisies de manière à ce qu’elles dialoguent entre elles mais aussi parce qu’elles reflètent la particularité d’un travail que les photographes mènent autour d’un thème sur plusieurs années et non pas dans le cadre d’un reportage ponctuel.

Nous faire rencontrer une réalité

On découvre ainsi Les coupes, une série émouvante de Philippe Bazin qui saisit le monde paysan, ses métiers, le travail dans les campagnes, le lien de la famille à l’animal avec également des engins agricoles photographiés comme des sculptures.

Autour de la question du portrait, de la façon dont les êtres sont pris dans l’histoire, il y a l’œuvre impressionnante de Bruno Serralongue représentant Cherri Foytlin, figure résistante des Navajos (peuple  amérindien d’Amérique du Nord) en guerre contre la construction d’un pipeline qui va polluer les eaux de leurs terres. En dialogue avec elle, Mathieu Pernot pose le portrait d’un jeune gitan décidé à faire face, malgré son corps frêle, à la dureté de la vie à venir.

Tout aussi impressionnant, Fayal, le portrait d’un jeune migrant par Laura Henno qui se forme à devenir lui-même un passeur. Une photo qui résume le drame humain que va porter ce jeune corps à travers sa future activité.

Philippe Chancel, lui, capte le mouvement d’un jeune Coréen qui part travailler, embarqué dans l’histoire d’un pays dont il ne peut s’échapper. Faits de Sophie Ristelhueber est issue d’une série de photos prises en Irak dans le cadre d’un travail très intéressant sur les cicatrices du paysage et où il est question de guerre.

Beaucoup de belles choses encore comme ces femmes palestiniennes de Valérie Jouve immergées dans un paysage irréel, Christophe Bourguedieu qui photographie les pensées de personnes rencontrées, les paysages insolites de Julien Guinand, Gilles Saussier et Catherine Poncin qui détournent et recadrent des photos existantes, nous proposant d’autres manières de regarder les êtres photographiés mais aussi les situations dans lesquelles ils se trouvent…


La région humaine, Le ciel est bleu – Jusqu’au 3 avril. Galerie Le Bleu du Ciel, Lyon 1er. Entrée libre. www.lebleuduciel.net


 

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