Vue de l’exposition “Entrare nell'opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole
Vue de l’exposition “Entrare nell’opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole

Expos : 50 ans après, l’Arte Povera interroge toujours notre époque

Si 2020 n’est pas l’année de la Biennale du design, une visite à Saint-Étienne s’impose néanmoins. Le musée d’Art moderne et contemporain présente en effet une grande exposition rétrospective sur le mouvement de l’Arte Povera qui, bien que né en Italie dans les années 1960, résonne encore de manière familière aujourd’hui.

“Art pauvre”, le terme pourrait sembler dépréciatif, pourtant la réalité qu’il convoque est riche d’une diversité de points de vue et d’actions considérable. S’attelant à documenter ce courant en révélant son foisonnement, sa densité et la force de son impact, l’exposition du musée d’Art moderne de Saint-Étienne pose un regard pointu et expert sur pas moins de 300 archives photographiques et filmiques et une centaine d’œuvres emblématiques de la période. Témoignages d’actions théâtralisées, dansées, performées, références musicales, peinture, sculpture, installations (toujours associées au corps en mouvement) et même émissions télévisées ou références au design et à la mode italienne de l’époque composent un panorama d’une rare exhaustivité.

Entrer dans l’œuvre

Vue de l’exposition “Entrare nell’opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole
Vue de l’exposition “Entrare nell’opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole

L’exposition propose par ailleurs au visiteur plusieurs pas de côté, l’invitant à “entrer dans l’œuvre” en prêtant sa voix, sa posture et son sens de la spontanéité à l’activation de plusieurs pièces. Ainsi, dans la salle qui accueille l’Apothéose d’Homère de Giulio Paolini – vaste installation inspirée du tableau éponyme d’Ingres, composée de pupitres accueillant des photographies d’acteurs incarnant plusieurs figures célèbres –, le visiteur peut, s’il le souhaite, se prêter au jeu de l’interprétation et participer à la mise en abîme de la chaîne de personnages créée, ou adopter à l’inverse la posture de spectateur.

Ré-actif

Vue de l’exposition “Entrare nell’opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole
Vue de l’exposition “Entrare nell’opera” au MAMC de Saint-Etienne © Aurélien Mole

Si le point commun de l’ensemble des œuvres présentées est donc bien l’énergie humaine, qu’elle soit créatrice, symbolique ou physique, le MAMC pousse d’un cran le curseur en organisant la réactivation de plusieurs performances, dans et hors les murs. C’est le cas de la vaste Sphère de journaux de Michelangelo Pistoletto, que les Stéphanois pourront voir rouler dans les rues de la ville le 15 avril.

Bien qu’ancré dans un contexte précis, celui de la fin des années 1960 et du début des années 1970, l’Arte Povera préfigure en bien des points le regard que nous portons aujourd’hui sur le monde. La revendication d’une forme de dénuement, d’ascèse face à la société de consommation, l’utilisation de matériaux et de moyens pauvres et simples, voire de déchets, rendant palpable la tension entre nature et culture, la position de défiance à l’égard de l’institution culturelle et politique et du marché de l’art en font une école de pensée éminemment actuelle.

Entrare nell’opera / Actions et processus dans l’Arte Povera – Jusqu’au 3 mai au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne

–> NB : Les dimanches 1er mars et 3 mai, réactivation du tableau de Jannis Kounellis avec la participation de l’Ensemble orchestral contemporain


[Article extrait du supplément Culture de janvier de Lyon Capitale]

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Dans le cadre de la Biennale 2019, la fondation Bullukian accueillait Jérémy Gobé et Andrea Mastrovito. Détournements de matériaux et de techniques, regard contemporain sur un répertoire classique, recours au mouvement du visiteur, utilisation de l’architecture comme support et mise en perspective du rapport de l’homme à la nature sont au cœur des questionnements des deux artistes. Expo prolongée jusqu’au 30 janvier.

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