L'ART PEUT-IL SAUVER L'ECOLE

L'art peut-il aider à l'éducation et à l'épanouissement des enfants ? C'est la question posée par une opération étonnante menée à Lyon, mais remise en cause par le désengagement de l'Etat.

C'est un projet unique en France. Depuis septembre 2003, 17 écoles maternelles de la ville se sont engagées dans une opération innovante, en accueillant durant toute l'année scolaire un artiste au sein de l'école. Enfance, art et langages est né de la volonté de la Ville de Lyon, en partenariat avec les ministères de l'Education nationale et de la Culture, de faire de l'éducation artistique pour la petite enfance une priorité. Inspirée d'un programme en place depuis 30 ans dans la ville italienne de Reggio Emilia, cette expérimentation vise à rechercher de nouveaux langages et de nouvelles pédagogies pour l'enfant grâce à une étroite collaboration entre artistes et corps enseignant. Danseurs, plasticiens, musiciens ou encore artistes de cirque, sont ainsi accueillis au sein d'une école maternelle pour une durée de trois ans. "L'éducation artistique est une composante fondamentale de l'éducation car elle développe chez l'enfant concentration, attention et imagination, explique Philippe Meirieu, pédagogue et responsable de la chaîne de télévision éducative Cap Canal. A ce titre, elle doit intervenir le plus tôt possible''. Une analyse que partage Gérard Guillot, enseignant en philosophie et spécialiste des questions culturelles et artistiques : "L'éducation artistique permet à l'enfant de ne pas se représenter son apprentissage ni son avenir dans des cadres fermés, comme le montre la tendance des enfants issus de milieux défavorisés. Elle contribue à faire prendre conscience de la possibilité de se construire une histoire''.

"'Les enfants amènent les parents vers l'art et la culture''.
Si les résultats obtenus diffèrent suivant les disciplines artistiques et selon les enfants, ces derniers ne sont pas les uniques bénéficiaires de ce programme. Ainsi, parents et enseignants tirent profit de l'échange entre l'artiste et les élèves. Sabine Dodard-Mahmoud, chef du projet Enfance, art et langages, remarque que l'opération permet "de faire rentrer les parents dans l'école, chose très importante surtout dans les quartiers difficiles. Les enfants deviennent ainsi les médiateurs entre les parents et l'école et amènent les parents vers l'art et la culture''. Surtout depuis la mise en place de collaborations avec des institutions culturelles comme la Maison de la danse ou le Musée d'Art Contemporain.

Cependant, si cette innovation crée des dynamiques nouvelles dans les écoles, elle bouscule les enseignants dans leur façon de travailler. "'Ce sont deux mondes très différents qui se rencontrent, explique Gérard Bastien, l'inspecteur pédagogique régionnal qui pilote l'opération. L'artiste a son propre langage et s'inscrit dans une démarche de création, alors que l'enseignant a un programme à suivre et manque parfois de souplesse. Ensemble, ils doivent trouver un dénominateur commun et aller au-delà des problèmes de communication. C'est un pari qui n'est pas gagné d'avance''. Mais ces tensions sont normales et nécessaires, et représentent un vrai plus pour l'enfant.

"'Ce n'est plus une priorité de l'Education nationale.''
Du côté de l'Education nationale, le programme Enfance, art et langages suscite évidemment le plus vif intérêt. Xavier Darcos, le ministre de l'Education nationale a fait de l'éducation artistique une des priorités de son ministère comme le confirme le Recteur de l'Académie Rhône-Alpes, Roland Debbasch : "Il faut tout mettre en oeuvre pour que les élèves puissent maîtriser tous les savoirs fondamentaux. En ce sens, la loi Fillon de 2005 encourage les expérimentations pédagogiques''. Un point de vue que ne partage pas Philippe Meirieu qui avoue être "'agacé'' par le fait que l'Education nationale ait supprimé l'éducation artistique du socle commun des connaissances. "'Ce n'est plus une priorité de l'Education nationale. L'Etat s'est désengagé assez largement. C'est un choix politique qui peut être préjudiciable surtout pour les enfants les plus fragiles. C'est tout à l'honneur de la Ville de Lyon qui continue à soutenir le projet''.

En effet, si l'Etat a participé au lancement du projet, la majeure partie de son financement actuel est assuré par la municipalité. "En 2003, l'Etat apportait des subventions à hauteur de 223.000 euros pour un coût de fonctionnement de 260.000 euros. Aujourd'hui, la contribution de l'Etat ne représente plus que 11.800 euros. Depuis que les annonces quant au financement de l'opération ont été faites, l'Etat s'est retiré en 2005, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) en 2006. On nous répète qu'il s'agit d'une priorité de l'Etat, mais en même temps, on nous invite à trouver de nouveaux financeurs. Les choses ne se concrétisent pas dans le bon sens'' s'inquiète-t-on dans les bureaux de l'Hôtel de Ville.
Si la deuxième édition du projet Enfance, art et langages doit se dérouler de 2006 à 2009, le programme est plus que jamais lié à une vraie volonté politique, les élections municipales de 2008 pourraient sonner le glas d'un programme audacieux et novateur pour l'éducation et l'épanouissement des enfants lyonnais.

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