L'ECRIVAIN MICHEL HOUELLEBECQ EST INVITE PAR LA BIENNALE : "MA VISION DU MONDE EST DECONNECTEE

Et si chacun de ses livres dépasse les 300.000 exemplaires, c'est parce que l'auteur cristallise comme personne les malaises de notre époque, entre solitude existentielle et dénonciation du libéralisme.
Lancé dans l'adaptation au cinéma de son roman, La Possibilité d'une île, l'écrivain Michel Houellebecq présente dans le cadre de la Biennale d'art contemporain de Lyon, sa vision apocalyptique du monde par le biais d'une installation qui renvoie à la théâtralité des musées d'ethnographie et aux fondements littéraires de son œuvre. Entretien.

Lyon Capitale : Comment est née votre participation à la Biennale d'art contemporain de Lyon ?
Michel Houellebecq : J'ai gardé un souvenir extraordinaire d'une visite touristique au musée de la préhistoire à Tautavel dans les Pyrénées Orientales. J'ai eu envie de concevoir la même chose, non pas avec des hommes ou des animaux préhistoriques, mais avec des contemporains. Et puis j'ai rencontré Hans-Ulrich Obrist (un des commissaires de la Biennale, ndlr) et Rosemarie Trockel à qui j'ai proposé de réaliser une sculpture réaliste de mon chien ainsi que d'autres personnages que nous avons placés dans des vitrines, aux côtés d'animaux empaillés.
Il fallait que j'exprime ma vision sur le monde, la vision du monde du héros de mon roman. Cette installation est très cohérente par rapport à ce qu'il était. C'est une certaine vision du monde, teintée du discours religieux, le discours du gourou d'une secte. Et même si l'ensemble est assez noir, cela pourrait servir de toile de fond pour un discours plus optimiste : puisque rien n'a jamais été, on peut tout améliorer.

Romancier, chanteur, réalisateur et aujourd'hui plasticien dans le cadre de la Biennale, vous êtes un peu un touche-à-tout...
Le texte reste l'élément central. Il y a du texte partout, mais on ne le voit pas. C'est tout. Je n'ai de toute manière jamais écrit pour écrire, mais la production de texte préexiste toujours. On a besoin de faire des adaptations. Mais une question se pose : est-ce que je la fais moi-même ou pas ? Pour La Possibilité d'une île, c'est la première fois que j'adapte un de mes livres. Pour Extension du domaine de la lutte, j'avais beaucoup aimé l'adaptation, mais je ne voulais pas la faire. L'adaptation des Particules élémentaires ne m'avait pas convaincu même si je voulais en faire une. Cette fois-ci, je me charge de la réalisation. Dans cette adaptation, je reviens sur la partie "scientifique'' du roman alors que c'est la sexualité qui intéresse tout le monde !

La Biennale fait le point sur l'actualité. Quel vision avez-vous du présent ?
Je n'en sais rien. Je suis de moins en moins tenté de me prononcer sur l'histoire, sur son sens. Je n'ai plus de contact avec l'actualité, je ne suis plus au courant de rien. Ma vision du monde est déconnectée. J'ai mis beaucoup de temps à savoir qui avait été élu président de la République !
Avant, je ne m'informais pas, j'étais au courant. Aujourd'hui, je m'informe et je ne suis pas au courant... Je viens juste d'apprendre qu'il y avait une compétition de rugby en ce moment !

Qu'est-ce qui représente le mieux les années 2000 ?
L'idée essentielle c'est la multiplication des centres. Les Etats-Unis ne sont plus les seuls maîtres du monde, à part culturellement puisqu'ils ont pris une avance considérable. Aujourd'hui, on constate l'apparition forte d'autres pays. Mais comme on est moins informé sur les autres pays, on ne sait plus rien. Les choses n'ont plus le même sens, le monde devient de plus en plus incompréhensible.
Et puis les années 2000 n'ont pas le même sens selon les pays. Pour la Chine, par exemple, ces années sont historiques, pas pour la France. L'histoire ne va pas à la même vitesse partout dans le monde.
L'histoire a des rapidités de développement variable. Mais on ne change pas de monde.

Le monde n'est pas un panorama, installation de Michel Houellebecq. Jusqu'au 6 janvier 2008 au Musée d'Art Contemporain, 81 quai Charles de Gaulle, Lyon 6. 04 72 69 17 17 ou www.moca-lyon.org

à lire également
Vitrine du Mini-Market, cours de Verdun © Lucas Zambon
Le Mini-Market 7/7 du cours de Verdun est investi régulièrement par de jeunes artistes. “Quelqu’un d’autre t’aimera”, nous promettent-ils dans le cadre de la Biennale d’art contemporain 2019.

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut