Merzouki Pixel 1
© Laurent Philippe

Mourad Merzouki, le mirage du hip-hop !

Avec Pixel, sa dernière création, Mourad Merzouki enchante le public lyonnais, qui applaudit debout. Pourtant, si les éléments numériques imposent leur fluorescence, le spectacle déçoit par l’absence de la danse hip-hop.

Pixel, chorégraphie de Mourad Merzouki © Laurent Philippe

© Laurent Philippe
Pixel, chorégraphie de Mourad Merzouki.

On le sait, Mourad Merzouki aime prendre des risques en confrontant le hip-hop à d’autres styles, d’autres contraintes scéniques, de nouvelles recherches afin d’enrichir son travail et de lui donner plus de chances d’innover et de s’affirmer. Pour sa dernière création, Pixel, il a collaboré avec Adrien Mondot et Claire Bardainne, artistes lyonnais tous deux rompus à l’art numérique.

Il a également fait appel à un nouveau musicien, Armand Amar, qui a composé une partition intégrant le piano, le violon et la voix. C’est lui d’ailleurs qui donne le la, dès le début du spectacle. Sa musique sera prenante, consciente de l’effet qu’elle provoque chez le spectateur, l’embarquant dans une spirale adepte du crescendo, qui permettra de pallier certaines faiblesses du spectacle.

Car qu’en est-il de cette rencontre entre les deux univers, celui du réel et du virtuel, celui du hip-hop et du numérique ? Un spectacle qui tente le rêve et la poésie, chamboulant ceux qui aiment les jolies images créées par des pixels blancs en forme de traits et de points. Ils se transforment ainsi en flocons, en pluie, en corps et en espaces multidimensionnés, en sol quadrillé qui parfois se dérobe, en espace vertical basculant vers l’horizontal, en cercles, en circonvolutions, en calligraphie, en lignes onduleuses. Un espace à trois dimensions censé imaginer ou interroger une danse du futur.

À la recherche du sens

Pixel, chorégraphie de Mourad Merzouki © Laurent Philippe

© Laurent Philippe
Pixel, chorégraphie de Mourad Merzouki.

Dans la mise en scène de ces pixels en lien avec les danseurs, on cherche le sens. Parfois, ils deviennent le prolongement d’un bras tendu vers le ciel pour donner au mouvement un dessein infini. Parfois, ils s’échappent du détour d’un corps, le rendant matière qui se dissout dans l’abstraction. Ils sont aussi l’expression d’une onde de choc qui perdure après la réalisation d’un mouvement. Mais souvent, ils accompagnent le mouvement (avec des variantes) pour devenir les indicateurs redondants de la forme et de l’endroit où se pose la danse quand elle traverse l’espace ou la scène.

Le sens, on le cherche aussi dans un équilibre entre les deux pratiques, que Mourad Merzouki n’a pas vraiment trouvé car les corps des danseurs disparaissent souvent au profit des pixels, tandis que la danse hip-hop ne devient que l’ombre d’elle-même. Les danseurs ne parviennent pas toujours à imposer ce contrepoids d’une danse ancrée dans la réalité, se trouvant lâchés par la préoccupation esthétique du spectacle.

L’éphémère effet du numérique

Ainsi, contrairement à ce que l’on espérait, la rencontre de ces deux disciplines n’engendre pas une écriture chorégraphique novatrice. Les contraintes du numérique ont-elles entravé les corps ? Construit sous la forme de tableaux, on mesure la difficulté de certains enchaînements, qui affaiblit la cohérence du spectacle.

Au final, l’approche du propos nous semble didactique et confine à de la démonstration très illustrative, par exemple avec le numéro de la contorsionniste, du circassien avec son cerceau ou du danseur en rollers. À certains moments, cependant, le choix de l’épure qu’a fait le chorégraphe fonctionne et révèle enfin l’immense talent des danseurs. Quand le spectacle s’achève, on a cette étrange sensation d’avoir vu beaucoup d’images qui n’ont fait que glisser sur soi, nous laissant dans un vide émotionnel et intellectuel. Serait-ce dû à l’éphémère effet du numérique ?

Pixel, de Mourad Merzouki
Mardi 27 et jeudi 29 janvier à 20h30, merc. 28 à 19h30, à la Maison de la danse.
Reprise le 26 mars, à l’espace Albert-Camus (Bron).
–> Toutes les dates de la tournée sur le site Internet du CCN de Créteil.

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1 commentaire
  1. cg - 28 janvier 2015

    Avez-vous seulement vu le spectacle pour affirmer qu'il n'y a pas de hip hop ? Mourad Merzouki laisse toute la place au hip hop avec ce spectacle, il y ajoute quelques circassiens mais il faut savoir aller vers d'autres univers !! C'est grandiose, une salle comble debout qui applaudit, des effets numériques qui justement restent très discrets par rapport aux danseurs, l'équilibre est parfait, chanceux sont ceux qui pourront voir ce spectacle qui nous transporte hors du temps.

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