Musique : Kadebostany transcende les styles

Le groupe de pop Kadebostany était à Lyon pour les Nuits de Fourvière le 12 juin, en première partie de Stromae. L’occasion de découvrir une formation qui se place à la croisée des chemins, surpassant ainsi les codes artistiques.

Kadebostan est allongé dans un transat dans les jardins du théâtre antique de Fourvière. Il est venu en voiture de Genève, un peu avant le reste du groupe. Lunettes de soleil, moustache et gomina, il est le président autoproclamé d'un pays imaginaire. Pour l'heure, il attend que Stromae finisse ses réglages sur scène pour faire de même.

Le leader du groupe Kadebostany est un ancien habitué des nuits électro berlinoises. Mais ça, il ne faut pas le dire. Kadebostan n'aime pas être catalogué. Son œuvre est faite de transgression des styles, des arts, des frontières.

Kadebostany, avant d’être le nom d’un groupe, est celui d’un pays. Sa raison d'être est d'accueillir tout artiste désireux de participer à sa conception. "Tout est possible dans ce pays, explique le compositeur. Toute personne ayant envie de participer à un projet artistique est bienvenue." Inventer une nouvelle contrée, à l'emplacement et aux contours indéfinis, permet de faire "page blanche", de s'affranchir des règles et de jouer avec elles.

La musique officielle de la Kadebostany

Première spécialité nationale de la Kadebostany : sa musique. Mélange de fanfare, de guitares électriques et de sons électro, les chansons kadebostaniennes se veulent "universelles". On pense aux mélodies d'Europe de l'Est, d'Amérique latine ou d'Orient. Ou même tout à la fois, sur fond de percussions sorties d'ordinateur. Le président veut que, n'importe où dans le monde, son folklore résonne avec les mélodies locales. C'est dans cet état d'esprit qu'a été réalisé, en 2011, le premier album du groupe. Principalement instrumental, Songs from Kadebostany présente la musique traditionnelle du pays.

 

Le second album est né d’une rencontre. Kadebostan entend chanter Amina "dans un club de Kadebostany" et lui propose de collaborer. Ils tombent artistiquement amoureux. Le projet solo devient bicéphale. Amina devient l'auteure et la chanteuse officielle de la nation imaginaire, passant d'un phrasé hip-hop à une voix mélodieuse. Sa maîtrise en fait l'égale de Lorde ou de la chanteuse de London Grammar. Elle apporte aussi ses propres influences, tout aussi variées que celles du musicien.

Les deux compères composent ensemble, à l'instinct, mélangeant leurs héritages. Ils tombent d'accord lorsque leur musique leur procure simultanément d'intenses émotions. Le second album, Pop Collection, sort en 2013 et se veut un florilège "des hits qui passent sur la radio nationale de Kadebostany".

Néons, esthétique militaire et danseuses sexy

La musique du groupe évolue, son image aussi. À l'esthétique militaire se rajoutent ambiances clair/obscur, néons et danseuses sexy. Le collectif d'artistes audiovisuels Supermafia VJ's s'occupe de la conception de cet univers et de la réalisation des clips de JOLAN et Walking With a Ghost. Encore une fois, Kadebostany manipule les genres pour les outrepasser : "Il y a des uniformes dans tous les pays, il en fallait aussi pour la Kadebostany, explique le président. Mais on ne fait pas l'éloge du militarisme, il s'agit plus d'une série de clins d'œil, de second degré ou de rire de certains chefs d'Etat."

 

Nappée dans la fumée et les flashs de stroboscopes, drapeaux officiels flottant derrière elle, la formation retrouve sur scène le visuel développé dans ses vidéos. Kadebostan reste en retrait, tirant les ficelles dans l'ombre. Amina, quant à elle, en bonne porte-parole nationale, s'adresse directement au public. Autour d'eux, cuivres et guitares électriques assurent en live les envolées épiques.

Repéré par les programmateurs des Nuits de Fourvière lors d'une date au Sucre à Lyon, le groupe a fait hier la première partie de Stromae. Une occasion de profiter du large public brassé par le Belge. "Les gens qui viennent nous voir sont issus de différents horizons, indique Kadebostan. On peut jouer dans des salles à l'audience plutôt underground tout comme toucher des amateurs de musiques du monde." La Kadebostany accueille tout le monde, quel que soit son style.

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut