UN FONCTIONNAIRE S'OPPOSE A L'ART CONTEMPORAIN

Installée place Antonin Poncet lors de la Biennale d’Art Contemporain de 2003, l’œuvre, achetée 80 000 euros par la Ville de Lyon, devrait reprendre sa place originelle. Mais pour combien de temps ? L’architecte des Bâtiments de France s’oppose en effet à cette décision.

Grotesque polémique
C’était il y a plus de vingt ans. Les riverains dénonçaient dans une pétition une œuvre « dénaturant un site exceptionnel ». La Commission supérieure des monuments historiques s’opposait au projet qu’elle jugeait « trop moderne et hautement intellectuel (sic) ». Les Colonnes de Buren déclenchaient une violente polémique. Vingt ans plus tard, l’œuvre est une évidence dans les jardins du Palais royal, à Paris. Comme la Pyramide de Pei au Louvre ou l’Opéra de Nouvel à Lyon. En 2007, un fonctionnaire du ministère de la culture joue le “petit caporal" et entend interdire le retour d’une œuvre d’art contemporaine sur l’espace public. Pourtant, l’Arbre à fleurs n’avait provoqué aucun rejet lorsqu’il était exposé au même endroit, en 2003. Au contraire, les lyonnais l’avait adopté. A tel point que la ville a décidé de l’acquérir. Provincialisme teinté quenelle ? Psychorigidité conservatrice ? En tout cas, l’attitude de l’architecte des Bâtiments de France est une offense. A la sagesse des lyonnais qui désirent de l’art dans leur ville. Au classement comme Patrimoine mondial de l’Unesco qui vantait l’harmonie entre le passé et la modernité à Lyon. A l’intelligence qui voudrait qu’on ne crée pas une polémique qui n’a pas lieu d’être.

Explications de Patrice Béghain, adjoint à la culture de la Ville de Lyon

Pourquoi avez-vous choisi la place Antonin Poncet ?
L’Arbre à fleurs du coréen Jeong Hwa Choi fut présentée en 2003 lors de la Biennale d’Art Contemporain. Elle a connu un vif succès auprès du public lyonnais. C’est l’artiste qui avait choisi cet endroit pour y installer son œuvre. Le choix de l’installer définitivement ici n’a donc rien de polémique !

Pourquoi l’architecte des Bâtiments de France s’y oppose-t-il ?
Il faudrait lui demander !* La raison invoquée est une question de perspective, de vue sur le Rhône. Je crois comprendre que l’aménagement de la place Antonin Poncet a été pensé comme un espace vide. On rencontre les mêmes difficultés que lors de la mise en place du Mémorial arménien.

Selon nos informations, les services de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) vous auraient proposé d’autres sites...
On ne nous a pas proposé d’autres sites ! Bien sûr, on pourrait installer l’Arbre à fleurs dans le 7e ou le 8e arrondissement qui sont des secteurs en pleine rénovation. Il faudrait tout de même que les différents services du Ministère de la Culture se mettent d’accord. C’est quand même paradoxal : d’un côté, on approuve les initiatives prises par la Ville de Lyon, d’un autre, certains fonctionnaires freinent ces mêmes initiatives.
Propos recueillis par
Mathieu Carbasse

* Lyon Capitale a contacté l’architecte des Bâtiments de France qui n’a pas souhaité s’exprimer.

à lire également
Cathy Bouvard, aux Subsistances, en octobre 2018 © Tim Douet
Depuis quinze ans à la tête des Subsistances, Cathy Bouvard s’est vu proposer un défi qui ne se refuse pas : les Ateliers Médicis, dont l’ambition est rien de moins que de transformer par la culture la ville de Clichy-sous-Bois et de faire émerger des artistes qui ne soient pas “du sérail”. Une des fondatrices de Lyon Capitale tire donc sa révérence et dresse à cette occasion le bilan d’une ville qui a muté. Avec la crainte qu’elle ne se re-quenellise…

Les commentaires sont fermés

Faire défiler vers le haut