Grenoble tribunal Virginie Martoia
© Morgane Jacob

La fille de la “veuve noire” croit en son innocence

Virginie Martoia était à la barre ce mercredi (troisième jour du procès) pour témoigner en faveur de sa mère Manuela Gonzalez, accusée d’avoir assassiné son mari Daniel Cano en octobre 2008. Six ans après les faits, Virginie n’en démord pas : sa mère est innocente.

Si Me Ronald Gallo, avocat de l'accusée, déclarait hier qu'il ne fallait pas faire de Virginie "un témoin plus important que ça",la performance de cette dernière dans la salle d'audience vient de prouver le contraire.

La voix claire, le regard droit, la jeune femme de 32 ans a fait le pari de la spontanéité. "Je veux défendre ma maman que je sais innocente, car ce que je suis aujourd'hui, c'est grâce à elle", lance-t-elle en préambule, le timbre fébrile. À l'inverse des deux sœurs de Manuela, entendues plus tôt dans la journée, Virginie garde son calme et sa lucidité et offre les explications requises de bon cœur. La mémoire flanche parfois, car l'affaire commence à dater, mais son aplomb convainc la salle.

Un soutien envers et contre tout

"Je me suis posé des questions, j'ai réfléchi, mais je n'ai jamais douté", affirme Virginie avec douceur. Jamais, alors même que Manuela Gonzalez était suspectée d’avoir empoisonné son père, Gilbert Martoïa, resté dans le coma pendant trois mois en 1983. Entendu lors du premier jour du procès, Gilbert Martoïa était resté très vague quant à cet épisode. Une corde de plus ajoutée à l'arc de Virginie. "Si mon père l'avait crue coupable, il ne serait pas venu avec nous, il ne lui aurait pas laissé ma garde ; et avant que ma mère soit incarcérée, à chaque anniversaire, ils venaient ensemble tous les deux", explique-t-elle après l'audience.

Jamais, alors même que sa mère aurait contracté un crédit à la consommation de 90 000 euros à son nom pour obtenir des taux plus bas, et ouvert un compte bancaire domicilié à son adresse. "Je le savais, je l'avais autorisée à le faire ; je ne savais pas à quoi servait le compte, mais je m'en fichais complètement." Et quand elle apprend, lors des interrogatoires, que ce compte servait à jouer au casino, sa confiance reste inébranlable.

Un témoin clé dans l’affaire

Mais le témoignage de Virginie n'est pas uniquement basé sur l'amour qu'elle porte à sa mère. La jeune femme surprend en comblant des trous laissés dans l'histoire des enquêteurs, ou en confirmant des faits présentés par Manuela et mis en doute par la partie civile. "Oui, Daniel prenait des cachets pour dormir, assure Virginie naturellement. Dès qu'il avait mal à la tête ou au ventre, il demandait à maman, il connaissait très bien ses médicaments." Et le lundi de la semaine de sa mort ? En effet, Daniel était "brassé" lorsqu'ils sont allés manger à l'Hippopotamus avec sa mère et son beau-frère, Nicolas. "D'ailleurs, je crois que les trois avaient la gastro", tente de se souvenir la jeune femme, précisant une fois de plus les dires de sa mère.

Et puis elle évoque la bougie, élément déclencheur de l'incendie qui avait déjà failli coûter la vie à Daniel Cano quelques semaines avant sa mort, selon la version de l'accusée. "Une bougie ramenée de Lourdes, avec une Sainte-Vierge, haute de 30 centimètres environ", précise Virginie. Murmures dans la salle et réaction de l'avocat de la partie civile, Me Leclerc. "C'est que vous êtes la première à décrire la bougie… C'est bien."

Lorsque les questions de Me Leclerc se font trop insistantes, la fille de Manuela ne perd pas la main. "Excusez-moi d'avoir des sentiments aussi. Je sais que Nicolas a perdu son père, mais j'ai quand même passé dix-sept ans avec eux, moi aussi j'aimerais savoir ce qu'il s'est passé." Elle est d'ailleurs rapidement épaulée par Me Gallo qui, jouissant de l'occasion, place ses mots dans la bouche de la témoin : "Vous avez perdu un père d'affection, c'est ça ?" "Oui, c'est ça", acquiesce Virginie. "Vous y teniez, à la relation de votre mère et de Daniel Cano, c'est pour ça ?" enchaîne l'avocat. "Evidemment, c'était ma base, j'étais en harmonie avec eux", lâche-t-elle avec aplomb. Le silence n'a pas le temps de retomber que l'avocat martèle en écho : "C'était votre base, votre harmonie."

Assise à droite de Virginie dans le box des accusés, Manuela Gonzalez ne cille pas. La mère et la fille se regardent peu, à l'exception de quelques échanges complices et d'un sourire volé à Manuela lorsque Virginie s'apprête à quitter la barre.

Soudée, la famille de Manuela est un bloc, dans lequel sont enfouis de lourds secrets de famille. Mais, pour l'heure, le témoignage de la fille de l'accusée pourrait avoir rééquilibré un peu la balance dans un procès jusque-là à sens unique.

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