Procès Gologan - 3 -

3ème journée
La "jubilation" du Procureur

"C'est un instant de vérité et de justice. Un sursaut de dignité et d'humanité d'une dizaine de jeunes filles qui ont dit "non" à leurs proxénètes de manière précise, circonstanciée et constante". La voix est grave et posée. Elle résonne dans la salle C, 16e chambre correctionnelle du Palais de Justice de Lyon. Au troisième jour du procès du clan Gologan, des mafieux proxénètes d'origine roumaine ultra violents, le procureur Alain Grellet entame son réquisitoire. Les cinq hommes et les deux femmes assis dans le box des accusés relèvent la tête. Le procureur souligne "l'enquête exceptionnelle" de la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon et de la Sûreté départementale, la commission rogatoire du juge d'instruction de 10 jours à Iasi, la ville roumaine d'où toute l'affaire est partie, et où le colossal clan Gologan a "pensé" sa machiavélique entreprise. Alain Grellet revient sur "les affres du transport dans les utilitaires" des jeunes filles, de Iasi à Lyon, de leur "conditionnement à Turin" puis "les viols, les violences et le trottoir".

"Un délit contre l'humanité ! "
Il fixe longuement le box des accusés : "c'est un délit contre l'humanité !". Ces jeunes filles à qui on avait fait miroiter un boulot de serveuse ou d'employée de boulangerie et qu'on jette à la rue, comme une vulgaire marchandise. Contraintes de faire une dizaine de passes par nuit, 50 euros la fellation, 100 euros le rapport sexuel complet. Ces filles qui devaient rendre compte du nombre de préservatifs utilisés et de leurs gains. A qui on donnait deux sandwichs par jour et dont les passeports avaient été confisqués.
Les visages se sont refermés. L'heure est au dégoût. Dans le public, quelques unes des filles essuient des larmes. Terrible flashback quand les coups pleuvaient, lorsque la brutalité des proxénètes virait au cauchemar. 52 filles, 32 proxénètes, 644 000 euros de profits par voie postale, sans compter le reste acheminé en voiture, par bus. "Dans le box, vous n'avez pas un fugitif, vous n'avez pas un mécanicien, vous n'avez pas un chauffeur au long cours, vous n'avez pas un banquier itinérant, vous n'avez pas une mère attentionnée, vous n'avez pas un vendeur de vêtements ou un simple hôtelier débordé comme ils se sont présentés, assène le procureur. On a la convergence de forces malveillantes qui ont une seul fin : exploiter l'activité de prostitution de plusieurs dizaines de jeunes femmes pour en tirer profit". Ce qui fait dire à Me Marie-France Vuillermet, l'un des trois avocates des parties civiles, que "ça devrait être un procès pour traite des êtres humains".

De 6 mois à 10 ans fermes requis
Et de répéter, en interpellant le président Fernand Schir, sa "jubilation" d'avoir dans le box, Ionel Civrariu, celui qui considèrent les filles comme "des torchons qu'il faut traire et qu'il faut exterminer dès qu'elles te baisent les pieds".
Pour, ensuite, s'adresser à l'un des accusés, gérant de l'hôtel Formule 1 de Saint-Priest, où les proxénètes avaient leurs habitudes. "Savez-vous qui vous avez hébergé ? Savez-vous les sévices que ces filles ont vécu ?". Pause. Le ton est cassant et fait froid dans le dos. Le procureur requiert 2 ans de prison à son encontre, dont un avec sursis, 10 000 euros d'amende et l'interdiction des droits civiques, civils et de famille pendant cinq ans.
Contre Ilie Gologan, le chef présumé du réseau mafieux, 10 ans fermes sont requis, assortis de 300 000 euros d'amende et une interdiction définitive du territoire français. 9 ans, 100 000 euros d'amende et l'interdiction définitive de remettre les pieds en France sont requis contre Ionel Civrariu, l'exécuteur des basses-oeuvres de Gologan. Les autres peines requises s'étalent de 6 ans à 6 mois avec sursis.
Il est 16h30, les accusés se tiennent la tête entre les mains. Gologan et son lieutenant au cutter commencent à trembler. Plus personne n'esquisse le moindre rictus. Ils comprennent que cette fois-ci, ils n'échapperont certainement pas à la justice.

Lire la 2e journée : Princesse Diana

http://tst.lyoncapitale.fr/index.php?menu=01&article=1881

Lire la 1ère journée : la gang des barbares

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