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© tim douet

Collomb tente un coup

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Exclusif - La gauche a perdu les élections cantonales dans le département du Rhône. Mais Gérard Collomb espère encore conquérir la présidence du Conseil général. Un coup de poker assez improbable mené entre le 2e tour et l'élection du président du Département.

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Le Conseil général du Rhône est-il réellement perdu pour la gauche en général et le Parti socialiste en particulier ? Le maire de Lyon n’en est pas si sûr. Depuis dimanche soir, Gérard Collomb veut tenter un dernier coup de poker qui virera au coup de génie s'il réussit. Il pense avoir une infime chance de faire basculer la majorité départementale et faire mentir l'équilibre politique sorti des urnes. "Après le deuxième tour, il y a un troisième tour !" C’était le credo fanfaron de Gérard Collomb dimanche soir dans les salons de la préfecture.

Le raisonnement du maire de Lyon est simple. Les élections cantonales n’ont rien changé aux rapports de force entre la droite et la gauche dans le Rhône. Il suffisait de deux sièges pour que le Département bascule et s’offre au PS. Les urnes ne les ont pas offerts à la gauche. Qu’à cela ne tienne ! Collomb a décidé d’aller les chercher en discussions politiciennes et en négociations de couloir.

Son plan pour évincer Michel Mercier du perchoir de l’assemblée départementale ? Rallier à sa cause les centristes du Parti Radical de Jean-Louis Borloo afin de recomposer une majorité arc-en-ciel, étirée du PC aux radicaux valoisiens du Centre tout en incluant le PS, Europe Ecologie-Les Verts et les Radicaux de gauche. Pas si simple à tenir. À la vue de l’arc-en-ciel justement, personne ne se berce franchement d’illusions. Ils sont en effet peu nombreux à croire à ce troisième tour invraisemblable sans toutefois enterrer l’initiative du maire de Lyon.

Discussions

Des écolos aux communistes, chacun "attend de voir le positionnement des radicaux. Si jamais ça se produit, il faudra discuter contrat de mandature et envisager les bases d’un contrat de gouvernance" avertit un responsable du parti écologiste. Mais dans ce contexte, nul ne sait où il va. La prudence est donc de mise. L’élection du président du Conseil général a lieu ce jeudi à 15h. Il faut donc faire vite. Des discussions et des négociations ont lieu. Elles sont sérieuses, soutenues. Le sort de ce coup risque de se jouer ce mardi à Paris autour de Jean-Louis Borloo.

L’ancien ministre répète qu’il souhaite quitter l’UMP et réfléchit à sa candidature à l’élection présidentielle. Collomb lui apporte l’occasion de s’émanciper du parti présidentiel par l’exemple : réclamer aux deux élus valoisiens du Département, Bernard Fialaire et Daniel Pomeret, de quitter la majorité de Michel Mercier, ministre de Nicolas Sarkozy, pour rejoindre une alliance avec la gauche.

Les centristes se réuniront autour de Borloo à Paris dans la journée de mardi. Les deux élus rhodaniens y participeront. "Si Borloo leur dit d’y aller et de faire ce coup, ils iront" espère une conseillère générale socialiste. Pourtant, Fialaire et Pomeret (que nous avons cherché à joindre, en vain) ont, semble-t-il, chacun accepté ce lundi des postes de vice-présidents lors d'une réunion avec Michel Mercier. L'initiative lancée par Collomb ne manque donc pas de contradictions. Mais le maire de Lyon n'agit pas seul. Les radicaux de gauche sont également de la partie. D’après nos informations, Jean-Michel Baylet, le président du PRG, a tenté de jouer les intermédiaires avec Jean-Louis Borloo dans la journée de lundi. Les écologistes ne sont pas en reste non plus.

Alternative sur le FN

C’est Gilles Buna, l'adjoint écolo à l'urbanisme de la ville de Lyon, conseiller général élu en 2008 qui est à la manœuvre pour mener les négociations. Du côté d'Europe Écologie-Les Verts, il semble y avoir une volonté de créer un clivage en raison de l’attitude de l’UMP vis-à-vis du Front National. C’est le socle commun sur lequel pourrait se retrouver cette majorité hétérodoxe déployée du centre à la gauche du Parti Socialiste. D’autant que Michel Mercier a joué ce jeu du "ni-ni" (ni FN, ni Front Républicain) de Jean-François Copé, ce qui provoque aujourd'hui des risques d'implosion de l’UMP. "Le problème avec Mercier, c’est qu’il est d’une clarté d’eau trouble. Comme d’hab’ quoi ! Il est au Modem alors qu’il est ministre de Sarkozy, il se réclame du centre mais se tait sur le Front National", ironise cet apparatchik du Parti Radical valoisien et proche de Jean-Louis Borloo, donnant ainsi l’occasion de sentir un peu l’humeur de l’ex-ministre de l’Écologie.

Gérard Collomb rêve de rejouer le même coup qu’il a joué à la droite en 2001 en prenant la présidence du Grand Lyon sans pour autant avoir la majorité. Il avait emporté la communauté urbaine grâce aux maires de petites communes regroupés alors dans le groupe de droite Synergie. En contrepartie, Collomb leur avait fait quelques promesses et ouvert son exécutif. Si le coup venait à réussir, il est certain que les écologistes auraient une contrepartie à réclamer. Et elle est de taille : l’abandon du projet du périphérique ouest mené conjointement par le Conseil Général et le Grand Lyon. À l’évidence, Collomb n’est pas prêt à une telle concession. Son coup de poker sonne comme un coup de dés tant il réclame le concours de la chance.

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