Le Grand Débat (Vidéo)

Une première.

Lyon Capitale : Comment vivez-vous cette campagne ?

Jean-Jack Queyranne (PS) : La campagne passionne les Français et attire deux fois plus qu'en 2002. Elle est rythmée par des thématiques imposées par les médias, qui surgissent puis disparaissent aussi vite... C'est pour ça qu'elle donne parfois l'impression d'être morcelée autour de questions personnelles. Quant aux thèmes internationaux et européens, ils sont quasiment absents, or c'est une des premières taches du Président. C'est dommage.

Dominique Perben (UMP)  : Moi, je ne fais pas un regret de l'éclatement des thèmes de campagne ! Ils disparaissent après avoir fait l'objet de prise de position de tous. C'est donc un enrichissement, par rapport à 1995 ou 2002 qui s'étaient focalisés sur les questions sociales, puis sur la sécurité. Là, il y a une vraie diversité. Sur le terrain, je rejoins Jean-Jack Queyranne, il y a une forte mobilisation. On voit venir des gens nouveaux. La mobilisation s'accentue au fil de la campagne.

Michel Mercier (UDF) : Je vois également une mobilisation comme on n'en a pas pas vu depuis très longtemps ! Il y a une forte spontanéité de la population. Le terrain est extrêmement important : c'est là où les choses se cristallisent. A l'UDF, il nous importe bien sûr que le poids électoral du Rhône soit au-dessus de son niveau national.

Bruno Gollnisch (FN)  : Je suis d'accord avec monsieur Queyranne quand il dit que la très grande diversité des thèmes abordés a fait perdre de vue ce qu'est un Président de la République, garant du fonctionnement des institutions, de l'indépendance nationale, chef des armées, garant des Traités. Ces questions sont occultées. On est plus sur des thématiques de législatives !

Etienne Tête (Les Verts)  : La campagne est particulièrement difficile pour les Verts. Le zapping des idées évacue les vraies questions de fond comme celles de l'environnement, vite édulcorées alors qu'elles sont très importantes...

Jean-Jack Queyranne : A cause de monsieur Hulot peut-être...

E. Tête : C'est un vrai débat ! Mais je remercie monsieur Hulot finalement de soutenir Dominique Voynet.

D. Perben : Je ne suis pas d'accord avec ce qui a été dit sur les thèmes de campagne et sur le rôle du Président et la durée du mandat. Le Président, c'est le patron de l'éxécutif, de la majorité législative. C'est l'homme qui assume l'ensemble des responsabilités comme le Chancelier en Allemagne et le 1er ministre en Grande-Bretagne. Il est normal qu'au moment de l'élection, les Français expriment l'ensemble de leurs interrogations, y compris de vie quotidienne et que la campagne s'en fasse l'écho. Le quinquennat a été une réforme très importante qui a changé la nature de la fonction.

E. Tête  : Oui mais ce changement n'est pas positif !

D. Perben  : Je constate ce qui est.

B. Gollnisch  : Il est vrai qu'il y a un effet pervers du quinquennat. Le septennat donnait la durée au Président et le détachait des questions d'intendance.

M. Mercier : Ce qui se passe aujourd'hui n'est que la suite logique de l'élection du Président au suffrage direct. On ne peut pas demander aux Français d'élire le Président directement et dire : "Ce n'est pas lui qui s'occupe de vous !" Oui, le quinquennat a fait du Président l'homme du quotidien. Et la pratique présidentielle - quel que soit l'élu - va changer. Comme le Président des Etats-Unis, il va aller voir deux fois par jour les journalistes pour s'exprimer sur tel ou tel sujet...

L. C. : Les sondages donnent Sarkozy-Royal. Croyez-vous à une surprise ?

B. Gollnisch : Les sondages ont toujours été mis en défaut ! Avec eux, je n'aurais jamais décroché un mandat ! Deux semaines avant l'élection de 2002, j'étais à un débat comme celui-là avec Jean-Marc Lech, président d'Ipsos qui, péremptoire, du haut de son autorité de grand institut de sondage, affirmait que Le Pen ne serait même pas le 3e homme et qu'il n'atteindrait pas 10 %. Un homme payé pour sonder les gens ! Le Pen est sous-estimé, tout se jouera dans un mouchoir de poche, autour de 20 %.

D. Perben : Les sondages sont des photographies de l'opinion, rien d'autre, ça anime la campagne. Ça concourt à l'intérêt que les citoyens portent au débat politique.

Il ne faut pas que ça le résume. Pour le reste, je me réjouis que Sarkozy soit en tête. Je crois qu'il a préparé la campagne très à l'avance, l'a construite très intelligemment, il a choisi les thèmes les uns après les autres. Elle se déroule de manière positive.

L. C. : Ségolène sera-t-elle au second tour ?

B. Gollnisch  : La candidature de madame Royal va s'éroder assez sensiblement parce que maintenant, dans un cadre d'égalité de temps de parole, les candidats d'extrême-gauche vont quand même faire leurs voix et elles vont lui faire défaut.

J-J. Queyranne : Les 5 candidats d'extrême-gauche font d'abord campagne contre la candidate socialiste...

B. Gollnisch : Je ne vous le fais pas dire...

J-J Queyranne : Il y a quand même un bloc de gauche qui souhaite que la gauche soit présente au second tour. Je crois que Le Pen est plus haut que ce que donnent les sondages et je ne dis pas cela pour rassurer monsieur Gollnisch. Et je pense que Sarkozy est placé haut dans les sondages par rapport à l'antériorité et au vote RPR dans l'histoire. Je pense que le choix se fera entre les candidats capables de rassembler et ceux qui divisent les Français. Sarkozy est un candidat de division, d'affrontement, et le phénomène s'accentue avec ses déclarations récentes qui risquent de lui coûter plus qu'on ne le croit. Quant à Bayrou, c'est une bulle ! On a connu d'autres bulles au niveau de la bourse (rires) !

M. Mercier  : Ça, ça me fait rire parce que je pense à monsieur Queyranne au matin qui suivra le 1er tour...

Revenons sur les sondages : c'est un marché les sondages, ça s'achète. Nous, on n'en a pas commandé un seul ! Les sondages ça se monte, ça se "corrige" de manière dont qu'on ne comprenne rien... Bayrou a une vraie chance d'être au second tour pour une raison toute simple qu'a bien exprimée monsieur Queyranne même s'il en a fait une mauvaise application : ceux qui ont une chance d'arriver au second tour sont ceux qui vont rassembler. Et qui est mieux placé pour rassembler que Bayrou ?

E. Tête : Dans les 10 derniers jours, les sondages sont quand même de moins en moins faux. Dominique Voynet ne sera pas au second tour, pas de surprise à attendre ! (rires) On sait aussi que, même présent au second tour, Le Pen n'a aucune chance d'être Président de la République. Là-dessus, la France peut être rassurée ! Sarkozy sera présent au second tour. Reste la vraie question : face à Royal ou face à Bayrou ?

B. Gollnisch : Bayrou en soi n'est pas une surprise ! C'est une famille d'esprit qui a toujours été dominante, au pouvoir avec Giscard, Barre, etc. Il n'est pas anormal qu'elle retrouve une place.

D. Perben  : Que l'UDF représente une partie de l'héritage démocrate-chrétien, libéral et radical j'en conviens, même si une partie de cet héritage a été intégré dans l'UMP. Mais la démarche de François Bayrou n'est pas celle de l'UDF dans sa tradition historique. Aujourd'hui, ce qui est nouveau - et c'est en cela que je ne suis pas d'accord avec lui - c'est qu'il s'inscrit dans une non-réponse sur le choix des alliances. Ça c'est nouveau.

J-J. Queyranne  : Bayrou a un positionnement opportuniste, de circonstance. A Lyon, en 2004, Anne-Marie Comparini était présidente de la Région, elle a fait une liste au premier tour avec l'UMP. Et je crois que monsieur Perben au département est 1er vice-président de monsieur Mercier ! Alors dire aujourd'hui que monsieur Bayrou est l'homme nouveau !

M. Mercier : J'aime bien monsieur Queyranne mais je le vois aujourd'hui parler du passé, patauger pour nous expliquer que Bayrou c'est une bulle. Etre obligé comme l'a fait monsieur Hollande d'aller appeler à son secours monsieur Le Pen parce que Bayrou ferait peur, ça me paraît peut-être un peu fantastique ! Aujourd'hui Ségolène Royal fait vivre ensemble des gens qui ne sont d'accord sur rien. C'est une force qui est un peu faible ! La candidature de Bayrou s'appuie sur une historicité : le centre a su montrer qu'il était indépendant, qu'il pouvait constituer des majorités avec la droite et aussi avec la gauche...

Lyon Capitale : Sous la IVe République, pas sous la Ve...

M. Mercier : Oui et alors ? La IVe, ce n'était pas la France ?

D. Perben : Ça n'a pas été un modèle de fonctionnement. Le grand avantage de la Ve République a été de mettre en place des élections qui permettent de savoir avant les élections qui va les gouverner après. Or, on ne sait pas avec qui gouvernerait Bayrou. Ça ne me paraît pas normal dans une démocratie moderne.

M. Mercier : C'est un point important. Avec qui va gouverner Bayrou ? Mais les autres, avec qui vont-ils gouverner ? Pas un candidat n'a encore de majorité. Personne n'a 50 % !

L. C. : Qui a le mieux réussi à mettre son programme au cœur de la campagne ?

D. Perben  : La proposition centrale, c'est la reconnaissance de la valeur travail. L'intuition politique de Nicolas Sarkozy l'a amené sur cette idée qui porte assez largement l'ensemble des préoccupations des Français, notamment des classes moyennes. Dès janvier, il avait cette idée, la plus forte de son projet, celle à laquelle j'adhère le plus.

J-J. Queyranne : Ségolène Royal a perçu la crise politique et c'est elle qui y apporte la réponse la plus moderne. A la différence de Sarkozy qui fait une campagne très personnelle, Royal a voulu s'appuyer sur les Français, c'est sa force. Rendre des comptes tous les ans, créer des jurys citoyens... Quant à Sarkozy, il fait en réalité l'impasse sur la question de l'emploi.

D. Perben : Il y répond ! Le travail est une dynamique. Créer du pouvoir d'achat, c'est relancer la consommation, donc de l'emploi.

J-J Queyranne : La réalité c'est que celui qui choisit, c'est le chef d'entreprise. Et il choisira plutôt de faire faire des heures supplémentaires non taxées que d'employer de nouvelles personnes !

E. Tête : Si les questions de l'écologie ne sont plus au cœur de la campagne c'est que les Français ont l'illusion que tous les Présidents s'en occuperont. Ils vont se réveiller groggy dans les années qui viennent !

J-J. Queyranne : Ségolène Royal attire quand même le plus le vote des écolos, elle a donc pris le mieux en compte ces problématiques.

M. Mercier : C'est faux ! Corinne Lepage a défendu l'écologie de façon pertinente, concrète. Si Lepage et Waechter soutiennent Bayrou, ce n'est pas par hasard. Bayrou a imposé deux choses dans la campagne : le thème de la dette publique sur laquelle il a dit la vérité avec courage, et cette idée de gouverner avec des modérés, au-delà des camps, pour réformer le pays.

D. Perben : Monsieur Tête, il y a eu une vraie diffusion du message écologique sur l'ensemble des candidats. Le problème c'est : comment faire que, dans la durée, l'écologie reste centrale ? Il ne faudra pas abandonner ce sujet majeur.

E. Tête  : Oui, c'est vrai, ça s'est diffusé. Mais c'est comme pour la cigarette. Avant, personne ne savait que c'était dangereux, maintenant on sait. Mais ce qui fait la différence entre vous et moi, monsieur Perben, c'est que vous, vous n'avez pas encore décidé d'arrêter de fumer. Moi j'ai arrêté. Vous êtes ministre des Transports et vous proposez l'A 45 !

D. Perben : Je propose aussi plus de 40 % de ferroviaire. C'est un sacré changement !

E. Tête : Vous êtes dans le mythe de la complémentarité !

Gollnisch : Pour répondre à la question de départ, c'est Le Pen qui a le plus imposé ses thèmes de campagne. Comme l'avait dit monsieur Fabius - le socialiste le plus intelligent avec monsieur Queyranne (rires) - le FN pose des bonnes questions. Identité nationale, insécurité, VIe République, supression de l'ENA... Nous sommes le laboratoire d'idées de la politique française !

E. Tête  : L'insécurité tue moins de personnes par an que la pollution. La 1ère insécurité, c'est la pollution !

L. C. : Quelles sont les promesses les plus stupides, les plus dangereuses de vos adversaires ?

D. Perben  : Les propos de Ségolène Royal sont variables et incohérents. Son contrat 1ère embauche - qui ne s'appelle plus comme ça - est une ineptie, une improvisation très inquiétante. S'agissant de Bayrou, c'est sa démarche politique.

J-J. Queyranne : La proposition de Nicolas Sarkozy d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale est stupide donc dangereuse, tout comme sa proposition de franchise pour la santé qui créerait une grande inégalité. Politiquement, monsieur Bayrou a bâti des châteaux de sable.

M. Mercier  : Le danger, c'est l'irréalisme des programmes UMP et PS. Quand on nous promet de baisser les impôts et d'augmenter les dépenses...

L. C. : Quelle sera l'influence de la présidentielle sur les municipales ?

Lyon Capitale : Monsieur Mercier serez-vous aux côtés de Perben ou de Collomb ?

M. Mercier : C'est tout ce que vous avez trouvé comme question ? (rires)

B. Gollnisch : C'est pourtant capital ! C'est important !

M. Mercier : L'élection de François Bayrou et même d'un autre changera le paysage politique.

J-J Queyranne  : Les Français font la différence entre les différentes élections. Elles ne sont pas décalquables.

D. Perben : Il y a des phénomènes de dynamique entre les élections. Sur Lyon, il se dit que Sarkozy serait en tête et la politique, c'est une affaire de conviction affichée. Le candidat à la municipale doit bien sûr être un homme d'ouverture, je l'ai montré mais il doit être porteur de conviction, de dynamique et montrer qu'il est capable de porter des projets. Je note avec consternation la disparition de Gérard Collomb du débat présidentiel depuis deux mois ! Je ne pense pas qu'on puisse assumer les grands dossiers lyonnais en n'assumant pas des grands choix politiques quand on est ou quand on veut être le maire de la seconde ville de France.

E. Tête  : Seule une élimination de Ségolène Royal aurait vraiment de l'influence sur les municipales.

B. Gollnisch : Si Ségolène Royal n'est pas au second tour, il y aura des règlements de compte qui ne se seront pas très amicaux. Et s'il y a vraie rupture entre l'UDF et l'UMP, il y a aura une décomposition dont je ferai mon miel.

En vidéo :

La partie 2 du débat

La partie 3 du débat

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