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Lyon-Turin : les opposants prêts pour le bras de fer

A la veille de la séance en assemblée plénière du conseil régional Rhône-Alpes sur le gigantesque chantier de la LGV Lyon-Turin, ce jeudi 11 juillet au matin, l’affrontement promet d’être épique. Opposants historiques, écologiques ou frontistes, tous sont déjà dans les starting-blocks pour lutter contre ce qu’ils voient comme une "promotion publicitaire".

Lors de la présentation, ce mardi 9 juillet, du programme d’investissements d’avenir (PIA) intitulé "Investir pour la France", le Premier ministre Jean-Marc Ayrault l’a confirmé. Son gouvernement a choisi "le scénario le plus ambitieux de la commission Mobilité 21" présidée par le député (PS) Philippe Duron. Priorité sera donnée à l’entretien du réseau ferroviaire existant, et 30 milliards seront consacrés aux "grands projets prioritaires".

Mais rien à propos de la future LGV fret et voyageurs Lyon-Turin, a priori vouée à devenir une "priorité seconde". Mais a priori seulement, sans confirmation ni démenti. Sans un mot. Un silence troublant pour les plus fervents opposants à un chantier pharaonique, dont le coût global estimé est passé de 12 milliards d’euros en 2002 à 26,1 milliards en 2012, selon les données de la direction générale du Trésor, reprises par la Cour des comptes dans son rapport adressé à Jean-Marc Ayrault le 1er août 2012.

Chronique d’un “simulacre de débat” annoncé

"Nous n’avons la preuve ni du soutien ni de l’hostilité, ni du Premier ministre ni du président de la commission à notre endroit, regrette ainsi Daniel Ibanez, économiste membre de la coordination des opposants au Lyon-Turin. Nous savons juste que le projet est loin d’être abandonné, mais reporté à l’horizon 2030… Et que le “débat” de demain ne sera qu’un simulacre, une promotion publicitaire fomentée par le lobby régional pro-Lyon-Turin dont le rapport de la Cour des comptes reconnaît lui-même l’existence." Il tient pour preuve la présentation qu’en a faite Eliane Giraud, vice-présidente de la région Rhône-Alpes aux Transports : "Au cours de ce débat, il ne s’agira pas de se déclarer pour ou contre ce projet, puisque notre collectivité s’est toujours prononcée en sa faveur, dès le départ."

Même son de cloche chez le conseiller régional (EELV) Noël Communod, présent à ses côtés, bien que premier requérant de ce "débat", dès décembre 2012 : "Certes, je voulais un débat, mais pas celui-là. Sont seuls invités à la tribune les promoteurs du projet, et les élus doivent poser leurs questions à l’avance et par écrit, relève-t-il. Alors même que se discute au Parlement un projet de loi sur la transparence démocratique, il est choquant de voir la région Rhône-Alpes, la “Citoyenne”, se comporter en chef de file du lobby Lyon-Turin. Or, ce projet, c’est trente fois Notre-Dame-des-Landes comme coût pour le contribuable !"

Aussi les écologistes ne sont-ils pas les seuls à avoir retenu la date du 11 juillet pour faire part de leur défiance à l’égard de cette initiative. Eux l'estiment "récupérée par les socialistes, qui, s’ils pensent la même chose que nous, ne l’assument pas pour ne pas faire de vagues dans une période où il ne fait pas bon dire tout haut ce que l’on pense", comme le confie Noël Communod.

Le “dossier le plus explosif” du mandat de Jean-Jack Queyranne ?

Mais le Front national aussi prévoit d'utiliser "le dossier le plus explosif de son mandat" contre Jean-Jack Queyranne, à 18 mois des élections. Rêvant déjà de sa chute après "presque un milliard d’euros dépensé en pure perte", le président du groupe FN au conseil régional, Bruno Gollnisch, tient à prendre la pose dans la peau de l’opposant numéro un à un projet "exorbitant".

Quitte à voir son coût augmenter de façon tout aussi exorbitante : de 26,1 jusqu'à 50 milliards dans les années à venir selon des estimations de son cru. Reprenant à son compte les arguments de la coordination d'opposants, actifs depuis 1991, Bruno Gollnisch n'hésite pas à se considérer comme "le seul à avoir été constant dans l'effort" contre la LGV Lyon-Turin. Et ce, même s'il sera absent ce jeudi au fameux "vrai-faux débat". Car, pour lui, "s'opposer à ce projet implique de se placer contre les eurocrates qui l'ont constitué pour, en définitive, créer une ligne européenne reliant Lisbonne à Kiev en passant par Lyon".

EELV donnerait-il alors dans la récupération à ses yeux ? "Non, ils ont fait leur conversion, provoque-t-il. Tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, les écologistes se sont convertis à nos idées et viennent désormais chasser sur nos terres. Nous nous en réjouissons, mais ils ont archi-soutenu ce projet, qu’ils ne prétendent pas le contraire !" Daniel Ibanez, de la coordination d'opposants, refuse de son côté tout partenariat avec le FN : "L'opposition est certes le plus grand des dénominateurs communs, mais nous ne sommes pas "partenaires" avec le FN. Nous produisons des analyses que nous mettons à la disposition de tous, et ce n'est pas parce qu'elles sont reprises par tel ou tel que nous sommes partenaires. La coordination n'a d'ailleurs aucune alliance politique."

Pour autant, Bruno Gollnisch fait valoir sa référence : le vœu présenté par l’exécutif du conseil régional lors de la session des 28 et 29 juin 2007 – "Lyon-Turin, il y a urgence !" Adopté par tous les groupes (PS, PC, Verts, PRG, UDF, UMP) à l’exception du FN, ce vœu avait permis d’accorder 200 millions d’euros de subventions en plus des 725 déjà reversées pour l’avancée du projet. Six ans plus tard, demain, dans le même hémicycle, cette session n'aura jamais paru si lointaine entre des opposants prêts à en découdre avec le projet de LGV Lyon-Turin.

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