Oullins – la grande rue © Antoine Merlet
Oullins – la grande rue © Antoine Merlet

Municipales à Oullins : le métro de l’alternance ?

L’arrivée du métro à Oullins a redessiné la dynamique de la ville. La commune a regagné des habitants, attirés par la perspective de vivre à quinze minutes de la Part-Dieu, à des prix plus abordables. Cette nouvelle population, plus “bobo”, pourrait clore une tradition électorale oullinoise : les habitants ne votent à droite qu’aux municipales. Directement concerné par l’Anneau des Sciences, Oullins fait partie des cibles prioritaires des écologistes.

À Oullins, la mutation de la ville est en marche. Elle avance au rythme du prolongement de la ligne B du métro. La gare de la ville est reliée au 7e arrondissement depuis 2013. La station du centre-ville ouvrira en 2023, place Anatole-France. Le premier bilan est contrasté. La majorité sortante remplit la colonne des points positifs. “Notre commune avait des défis à relever. L’arrivée du métro a été l’aboutissement d’un combat de longue haleine. La ville a gagné des habitants alors qu’elle en avait perdu depuis les années 1970. Il y en aura encore plus demain avec l’aménagement du quartier de la Saulaie. Il y a un vrai dynamisme à Oullins”, se félicite Clotilde Pouzergue, la maire sortante (LR), qui a succédé en cours de mandat à François-Noël Buffet. L’élue, qui se présentera pour la première fois sur son nom aux municipales, admet toutefois que l’arrivée du métro n’a pas été sans heurts. “Les changements qu’allait amener le métro n’ont pas été suffisamment appréhendés, dénonce Jean-Charles Kohlhaas (EELV). La ville est devenue difficile à vivre à cause des flux de voitures en transit et d’un stationnement sauvage dans la ville toute la journée. Les gens viennent de toutes les communes alentour. Le métro a augmenté la pression foncière sur le territoire. Les usagers du métro font parfois jusqu’à trente minutes de voiture avant ou après.”

Le trafic a explosé dans la grande rue, qui n’a jamais semblé aussi mal porter son nom : jusqu’à 800 bus y passent par jour. Quatre lignes desservent le terminus de la ligne B. Clotilde Pouzergue assure que les Oullinois doivent encore courber l’échine pendant trois ans : “Nous savions qu’en étant le terminus du métro nous allions vivre quelques années difficiles. Dès lors que la ligne sera prolongée jusqu’à Saint-Genis-Laval, on peut imaginer que l’on aura une circulation plus apaisée et que les difficultés inhérentes de stationnement se déplaceront vers les hôpitaux sud.”

Emprunts toxiques

L’arrivée du métro, c’est aussi à Oullins une ardoise indigeste. Pour accompagner le désenclavement et attirer de nouveaux habitants, les majorités des deux derniers mandats ont beaucoup investi. Les choix budgétaires n’ont pas toujours été avisés. La municipalité a contracté des emprunts toxiques et la prochaine équipe devra encore composer avec des finances très contraintes. Si la commune consacrait toutes ses ressources au remboursement de ses emprunts, elle mettrait près de quinze ans pour sortir de sa dette. Dans une collectivité, le seuil dangereux est généralement estimé à huit ans. Joëlle Sechaud, conseillère municipale sortante et candidate PS, regrette ainsi la construction de la médiathèque : “Elle a coûté neuf millions d’euros. L’investissement aurait mérité un peu plus de modération. Surtout qu’il a été financé par des emprunts toxiques.” Clotilde Pouzergue préfère retenir qu’aux derniers jours de cette mandature les indicateurs financiers témoignent d’une décrue.

Mais de nouveaux investissements lourds frappent déjà à la porte. Le futur de l’agglomération passera, dans les dix prochaines années, par Oullins. La SNCF a abandonné ses entrepôts installés à cheval sur la commune et sur La Mulatière. À la Saulaie, ce sont 20 hectares de friche industrielle qui vont être requalifiés avec le concours de la métropole. Clotilde Pouzergue se projette déjà : “Nous construirons des logements, des bureaux pour des activités tertiaires et des commerces. Nous réaliserons aussi des équipements publics comme une école et un gymnase. Nous pourrons aussi partir à la reconquête des berges du Rhône.” Jean-Charles Kohlhaas se fixe aussi cette priorité de réappropriation du fleuve. À la Saulaie, il propose de réserver au minimum un hectare pour de l’agriculture dans le futur écoquartier.

Bascule verte ?

À Oullins comme dans la plupart des villes, la campagne pourrait se gagner sur l’environnement. L’Anneau des Sciences est en arrière-plan. Le tracé retenu doit déboucher à la Saulaie avant de plonger sous le Rhône pour se connecter au périphérique Laurent-Bonnevay. La maire LR a longtemps soutenu le projet tout en prônant, comme François-Noël Buffet, un tracé plus long qui épargnerait Oullins. Le contexte politique de sa commune renforce aussi son opposition au projet tel qu’il a été entériné. La ville est politiquement stable, mais à sa manière. Les électeurs votent à gauche à tous les scrutins nationaux… et à droite aux municipales. Cette année, l’habituelle prime au sortant pourrait être moins forte. La maire LR se présente pour la première fois sur son nom aux municipales. La ville est aussi brassée par l’arrivée de nouveaux habitants. Jean-Charles Kohlhaas et les écologistes font donc d’Oullins une ville qui peut basculer.

“La ville ne s’est pas gentrifiée mais les nouveaux arrivants sont souvent des jeunes couples avec enfants. Ils ont une sensibilité écologique. Aux européennes de 2019, nous avons réalisé un de nos meilleurs scores à Oullins”, biche celui qui se présente pour la première fois dans la ville.

Résultats élections Oullins


[Article extrait du dossier “Municipales et métropolitaines 2020” de Lyon Capitale n° 796 – Février 2020]

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